Comme je l’ai évoqué dans l’interview donnée au blog de la librairie Critic, la musique joue un rôle important dans mon écriture. J’en tire des images, des atmosphères, des personnages. Chercher ces musiques, ces chansons fait partie du « travail » aussi bien dans les romans que dans les nouvelles.

Playlist

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise musique, et je ne cherche pas la playlist idéale de la personne de bon goût. Il y a les musiques qui suscitent quelque chose, et les autres. La chanson d’un groupe underground peut avoir le même effet qu’un tube à la mode. Il suffit d’être attentif à ce qui entoure, d’être curieux et sans sectarisme. On ne sait jamais d’où cela va venir. En tout cas, je suis toujours surpris par ce qui peut faire naître des scènes chez moi, alors même que certains morceaux que j’adore ne m’évoquent rien pour l’écriture.

Cela doit travailler dans le subconscient, sur des rythmes précis, des arrangements, des paroles. Je ne ferai jamais une liste de morceaux digne des inrocks avec ce qui m’inspire, mais je refuse de me priver du plaisir de la rencontre entre une mélodie, un pont musical et les images qui se forment dans ma tête. Je dois à ce processus de grands moments d’émotion et des frissons sous la peau. La musique donne à l’écriture un aspect corporel (plus que charnel), où la réflexion compte moins que l’expérience.

Repeat

Concernant l’aspect concret, le lien entre musique et écriture se fait sous deux activités principales : le travail latent et le travail effectif.

Même si l’écriture peut se comptabiliser en heures passées devant l’écran, en nombre de pages noircies, en nombre de signes abattus, ce n’est qu’un aspect limité. La majorité du travail est invisible et latent. Le texte vit dans la tête bien avant qu’il n’apparaisse sur une feuille. Et, à titre personnel, je considère que lorsque je me mets à mon clavier, c’est un peu comme si je réduisais toutes les possibilités, comme si je tuais la totalité du texte en en sélectionnant une partie. C’est une « petite mort », mais le texte vivra d’une autre manière chez le lecteur. Il faut bien le transmettre à un moment.

Donc, dans ce travail latent, la musique est un très bon support. Quand je voyage dans le train, je peux me concentrer sur les morceaux qui me seront utiles, et je revis la scène que j’écrirai plus tard. L’écoute me donne le temps d’épuiser des possibilités, de tester, de raturer, d’organiser. Tout ce travail, tout ce temps préparatoire, je le regagne après, quand je suis devant mon écran. Quand j’ai mes écouteurs dans les oreilles, considérez que je suis en train de travailler, pas la peine de me déranger. Certains auteurs disent qu’écrivain, c’est d’abord un état. Sans doute est-ce vrai.

La deuxième façon d’utiliser la musique, c’est pendant l’écriture elle-même. Je peux écrire dans le silence complet, mais j’aime aussi avoir une ambiance musicale, et j’essaie de l’adapter en fonction de ce que j’écris. Rien de très particulier. En revanche, sur certaines scènes précises, parfaitement identifiées à un morceau, l’objectif est différent. Je sélectionne le morceau et je le passe en mode répétition. J’essaie de retrouver tout ce qui a été expérimenté  lors du travail latent, et ce n’est pas en 3 ou 4 minutes que ça se fait. Je me mets à écrire avec la musique qui tourne en boucle. Je finis par connaître par coeur, mais il y a un effet de transe hypnotique. L’esprit est entraîné par la musique, il se coupe de l’extérieur et acquiert une sorte d’énergie qui n’est pas la même quand on travaille dans le silence absolu. Comme iTunes comptabilise les écoutes, je suis parvenu à un record de 160 pour un morceau.

Je ressors toujours un peu lessivé de ces moments, comme au sortir d’une grande période d’exaltation. Ce n’est pas de l’ordre du délire, au contraire, c’est une attention extrême, une conscience nullement parasitée par l’extérieur. C’est une forme de méditation, à la fois conscience et absence de soi. En définitive, j’ai la chance, presque le privilège, de pouvoir accéder à cet état d’une manière assez simple. Ceci explique en partie aussi pourquoi j’aime écrire (plus que d’avoir écrit), parce qu’il s’agit d’une expérience personnelle qui n’est pas une souffrance (quand je suis dans cet état de transe, les mots glissent sans difficulté), ni une expérience mystique (je ne me sens pas relié à du surnaturel).

Je ne peux pas partager la manière que j’ai de ressentir la musique quand elle se combine avec l’écriture, mais dans les jours à venir, je rajouterai certaines références musicales, pour en donner un aperçu.

 

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