« Deux garçons se faisaient face, visage fermé, les traits durs. Il était facile de voir qu’ils voulaient se battre alors qu’ils n’avaient pas dix ans. Pour l’étranger, il ne s’agissait que d’un épisode normal de la vie, mais il ne détourna pas le regard. Le plus petit des deux enfants se mit alors à pointer l’index vers son adversaire. Son doigt se couvrit d’une substance rouge lumineuse avec laquelle il dessina un symbole en suspension dans l’air. Le second répliqua en traçant de son pouce un autre agglomérat de lignes de couleur bleue. Pendant trente secondes, les deux combattants échangèrent des figures posées sur l’air et poussèrent hurlements et grognements jusqu’à ce qu’une femme sorte d’une maison et sépare les gamins. Elle interpella le vagabond au passage :

« Vous auriez pu les arrêter ! Vous voyez bien qu’ils se battaient !

— Ce sont des enfants, et ce n’est pas dangereux.

— Ils en sont venus aux mains, quand même. On ne doit pas utiliser l’encre pour la violence, ce n’est pas bien.

— J’aime bien leur écriture, ils ont du caractère. Croyez-moi, ils ne finiront pas voyous. »

La femme haussa les épaules et secoua les enfants comme pour leur faire entendre raison puis elle retourna sous la véranda de sa maison. Le voyageur bâilla. Il chercha où s’asseoir sur un côté de la place, près du réservoir de pierre d’une fontaine et posa sa caisse à côté de lui. Il en sortit un petit panneau marqué « encreur public » et attendit, le dos contre la pierre, en mâchonnant sa brindille. Il était tout juste midi, des odeurs de cuisine perçaient à peine dans l’atmosphère. Du porc cuit quelque part, des beignets de courgette par là, du rustique. La brise qui soulevait la poussière se montrait paresseuse. Au-dessus des maisons, les nuages blancs qui se formaient annonçaient une belle journée, avec suffisamment de fraicheur pour ne pas alourdir l’après-midi et engourdir le soir. Le coin était réputé pour son climat agréable, et c’était la raison principale de sa venue ici. Il ne resterait pas dans cette sorte de paradis campagnard mais il apprécierait chaque instant. »

HongKeXing

Cette planète dépend du Nuage de Crépuscule. Son conditionnement culturel est majoritairement japonais, avec des composantes chinoises et coréennes.

Les habitants de cette planète sont aussi appelés « peuple des signeurs ». Une modification génétique leur permet de tracer des signes colorés dans l’air, baptisés « émogrammes ». En effet, ces signes ne sont pas un langage à proprement parler, mais un vecteur d’émotions. Un émogramme est composé d’une racine, d’un élément d’ambiance, et d’une action. Ainsi, la tristesse est la déchirure (action) causée par le vent (racine) sur une terre fragile (élément d’ambiance). Plusieurs milliers d’éléments peuvent interagir pour composer un émogramme. Autre donnée fondamentale pour comprendre ce système d’échange : la couleur. Selon la teinte, un même émogramme peut être interprété de manière différente. Il est très difficile de comprendre une émotion sans la couleur qui l’accompagne.

La société de cette planète est de type féodal, où le prestige des fiefs est une donnée importante.

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