1- Le Repli.

« Le repli dans l’espace ralentit soudain. Lentement, l’endroit se mit à luire et à dégager un énorme pic d’énergie, faisant exploser les instruments. Depuis la salle de communication, les trois vieillards se contentèrent de modifier les filtres de la baie vitrée. Les écrans ne donnaient déjà plus d’information, signe que la plupart des capteurs étaient saturés. Pour le spectacle qui attendait l’équipage de la station, les yeux suffisaient.

(…)Le pic d’énergie resta constant pendant cinq minutes, jusqu’à ce que l’éclat au milieu du repli grossisse et forme une tache lumineuse de plusieurs kilomètres de longueur. Le spectroscope lâcha en dernier, juste au moment où un peu de cendre du cigare de Caleb tombait sur le sol.

(…)

De la tache éclatante, des proues de métal émergèrent, comme jaillissant d’une mer d’ivoire : sept navires planétaires emmenés par un fin vaisseau blanc, profilé comme une flèche, suivi par six croiseurs, couleur ténèbres, aux formes de torpilles.

Marvin salua ses adversaires en exhalant la fumée de son cigare. Caleb siffla d’admiration : « Il a quand même de la gueule, l’Esmeralda ! »

Les six croiseurs, à peine sortis de la tache, projetèrent un faisceau d’ondes électromagnétiques déphasées. Depuis leur station, les trois vétérans n’avaient plus aucun instrument pour le leur signaler. De toute manière, l’espace était devenu tellement encombré de signaux qu’aucune communication ne pouvait ressortir.

« Je ne vois aucun canon, ni aucun laser sur ces navires », remarqua Sam.

Marvin tira sur son cigare, un peu plus fort : « Ondes scalaires. » »

Les ingénieurs de Crépuscules ont exploité une découverte lancée 15 ans auparavant et permettant d’étendre certaines dimensions de l’univers. En les manipulant, la Fréquence n’a pas trouvé un moyen de rendre ses navires invisibles, mais de dissimuler les informations concernant la composition de ses flottes. Grâce à cette invention, Crépuscule a pu conquérir la quasi-totalité des planètes détenues par Canopée.

2- Unité Neumann

« Le gigantesque vaisseau cargo interstellaire ouvrit sa soute annexe, celle restée occupée après le départ de l’Esmeralda et de ses croiseurs noirs. Il en sortit une machine étrange, une sorte d’énorme diabolo dont les deux parties hémisphériques faisaient plusieurs centaines de mètres de diamètre. Au centre, un globe lumineux bleu pâle, hérissé de pointes, semblait palpiter. Doucement, l’engin s’éloigna du cargo et tourna sur son axe pour présenter l’une de ses faces vers le sol, des jets d’air déplacèrent l’ensemble par petits bonds. Puis tout se stabilisa.

La lumière au milieu des pointes passa du bleu au rouge violent et les deux hémisphères se séparèrent. Celui face au sol traversa la stratosphère en dégageant des gerbes de flammes, tandis que l’autre demeurait immobile. Pendant sa chute, le module laissait derrière lui une traîne de débris noirs qui ne brûlèrent pas. En fait, très rapidement, ces milliers de morceaux en suspension se recomposèrent et se combinèrent pour se transformer en un long fil, un agglomérat de nanotubes de carbone. Chaque particule comportait un programme qui définissait position et direction. Les éléments se rejoignaient en lançant des pseudopodes micrométriques. De proche en proche, un fin ruban se formait tout en accompagnant la chute du module. Au bout de 45 secondes, une pellicule de résine recouvrit le câble qui s’auto-générait, puis la partie haute s’éloigna de la planète, stoppant violemment la descente de celle du bas.

Sous le choc, le câble se brisa en milliards de micro-morceaux, mais la résine enveloppant l’ensemble empêcha les particules de se disperser dans l’atmosphère. Le module du bas reprit sa chute, pendant que celui du haut regagnait sa position de départ. Le déplacement dans le ciel était moins rapide, sans flammes ni feu, mais l’impact avec le sol promettait d’être violent. Dans l’intervalle, les nanotubes de carbone reprenaient leur recherche en suspension, glissant contre la résine pour retrouver un partenaire, établir des liaisons, s’unir en échangeant des atomes, jusqu’à ne former plus qu’un. Quand un minimum de cohésion fut atteint, l’hémisphère orbital refit le même écart, stoppant la chute dans un grand souffle d’air qui écarta les nuages tout autour en fines lamelles blanches. De nouveau, le câble se brisa, puis la descente reprit, moins rapide. »

Crépuscule a développé sa propre technologie de déploiement d’une unité Neumann, en larguant le bâtiment depuis l’espace. Cela lui permet, dans la foulée, de construire le câble qui servira de structure pour l’ascenseur spatial et l’astroport.

Publicités