Archive for novembre, 2014


Une critique de Bleu Argent sur le blog Les lectures de Cachou

Dès lors, Bleu Argent est le livre idéal pour tout qui a envie de se plonger dans les étoiles sans pour autant rentrer dans des histoires interminables aux terminologies barbares et aux accents un peu trop machos parfois (pardon, souvent). Olivier Paquet nous offre une alternative appréciable qui, si l’aventure vous séduit, pourra constituer le début de la découverte du monde du Melkine.

De plus, je serai présent en dédicaces au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil

Vendredi 28/11 de 16h à 18h

Samedi 29/11 de 10h30 à 12h30

Les Utopiales 2014 se sont terminées la semaine dernière, une édition très réussie. Je suis toujours fasciné par le public toujours présent et intéressé par des tables rondes parfois pointues. Comme ces dernières sont préparées à l’avance, les participants peuvent anticiper et offrir un résultat plus construit. On trouvera sur actusf les enregistrements des conférences et cours du soir. Il y en a beaucoup.

Le Vendredi 31 octobre, le prix Julia Verlanger (soutenu par la Fondation de France) a été décerné. Les oeuvres sélectionnées étaient les suivantes :

Time Out, d’Andreas Eschbach, éd. L’Atalante
La Longue Terre, de Terry Pratchet & Stephen Baxter, éd. L’Atalante
Le Sang des sept rois, de Régis Goddyn, éd. L’Atalante
Fées, weed et guillotines, de Karim Berrouka, éd. ActuSF
L’Esprit du Melkine, d’Olivier Paquet, éd. L’Atalante
La Grande Route du nord, de Peter F. Hamilton, éd. Bragelonne

C’est la trilogie du Melkine qui a été récompensée. Vous trouverez la cérémonie ici.

L’un des atouts de cette cérémonie, c’est que l’on prend du temps à lire des extraits des œuvres. J’en profite donc pour publier l’extrait de « la mort du Melkine » lu vendredi. Comme toujours, c’est une expérience étrange que d’entendre ses mots lus par quelqu’un d’autre. On redécouvre des choses et je ne cache pas que le résultat m’a ému, avant même de savoir que j’avais remporté le prix.

À la fois danseur et sculpteur, l’homme aux mains d’étoiles se connectait à la totalité des relations humaines dont il avait connaissance. Il ne s’intéressait pas au contenu des échanges ¬— le message n’avait aucune importance —, mais à l’extraordinaire constellation que les individus construisaient autour d’eux pour communiquer. Par quelle stratégie étrange certains si proches s’évitaient, alors qu’ils essayaient désespérément de joindre d’autres déjà noyés dans une masse de contacts ? Ismaël repérait les « soleils » et les « satellites », les « étoiles » et les « trous noirs », ceux qui irradiaient et ceux qui perdaient les gens approchant d’eux. Ils étaient forts, faibles, fragiles et sublimes. Impossible de les juger — aucune relation n’a de modèle à atteindre —, juste cette sensation avide, ce besoin de voir ce qui est toujours obscur. Lever le voile sur la matière même de notre humanité, et en rendre compte, en construire une trace.

A l’occasion des Utopiales et de l’obtention du prix Julia Verlanger, j’ai répondu à deux interviews.

Sur le blog de Michel Dubat :

Olivier Paquet,vous avez sorti dans le même univers que votre trilogie  « Le Melkine » : Bleu argent (2014), comment doit ton lire cet ouvrage ? S’agit-il d’un prequel, d’une suite, d’un ouvrage totalement indépendant de la trilogie ?

  Bleu Argent est né du constat que j’avais des tas de personnages adolescents dans Le Melkine et que si je n’utilisais pas ce potentiel pour écrire un roman Young Adult, je serais vraiment un idiot. En soi, ce roman peut se lire indépendamment de la trilogie, il développe certains principes de l’univers de l’Expansion, mais rien d’aussi massif que dans le premier tome du Melkine. Par exemple, tout ce qui concerne les Fréquences est absent.

En revanche, un lecteur de la trilogie va trouver des échos nouveaux par rapport à ce qu’il connaît, il va pouvoir réinterpréter certaines décisions du tome 1, mieux comprendre certains personnages. Même chose pour quelqu’un qui passerait de Bleu Argent à la trilogie. Tout est indépendant, mais rien n’est inutile. Je comble certains trous (volontaires), j’offre de nouveaux éclairages. C’est tout le plaisir d’avoir créé un univers aussi vaste que de l’explorer en compagnie des lecteurs.

Sur le site de Phenix-Mag :

Avez-vous des sources d’inspiration privilégiées, des auteurs préférés ? Certains vous ont-ils influencé ?
La source primordiale de mon écriture, c’est le manga et la littérature japonaise. Le manga m’a surtout apporté une grammaire narrative particulière. Il ne suffit pas de parler de samouraïs pour « faire manga », je vois plutôt la bande dessinée japonaise comme un média avec son écriture propre, ses changements de rythme, sa capacité à modifier le niveau de détail du dessin selon le propos, selon ce que l’auteur veut souligner. Un jour, Estelle Faye m’a dit que j’avais un style épuré et évocateur et je pense que je le dois à la littérature japonaise. Kawabata ou Soseki m’ont appris qu’on pouvait décrire précisément une femme, sans se servir de métaphores et la rendre poétique, à travers le choix d’un détail, la précision d’un mot. Évidemment, je suis persuadé qu’il me faudra une vie d’écrivain pour atteindre ces sommets de simplicité, mais c’est une voie qui me plaît.

Rêver 2074

Au moment où ce post est publié, un travail commencé voilà plus d’un an va être présenté au public. Il s’agit sans doute d’une des plus formidables expériences d’écrivain que j’ai pu vivre (et je dis seulement une des, parce que je m’attends à d’autres surprises dans l’avenir). Le résultat est accessible ici : http://www.rever2074.com/

Le projet

L’année dernière, mon ami Jean-Claude Dunyach a choisi des auteurs pour concevoir un ensemble de textes ayant pour thème : « le luxe dans 60 ans ». Il y avait peu de détails sur les modalités, mais la confiance dans Jean-Claude et le thème suffisaient à me convaincre. Nous nous sommes retrouvés à 6 en septembre : Xavier Mauméjean, Samantha Bailly, Anne Fakhouri, Joëlle Wintrebert, Jean-Claude et moi. Au fur et à mesure que le projet se construisait, il devenait évident que nous ne pouvions pas nous contenter de réaliser une anthologie, mais plutôt de bâtir une utopie dans laquelle le luxe avait un rôle central. Nous devions imaginer la France, le monde dans 60 ans, une société de la curiosité et vivant dans un bonheur concret plutôt que décrire une énième vision apocalyptique de la société.

Nous avons tous des préjugés sur le luxe, parce que nous ne le côtoyons, le plus souvent qu’à travers ses aspects commerciaux, et comme symbole d’une caste de privilégiés. Pourtant, derrière les acheteurs, il y a des artisans, des producteurs, qui perfectionnent leur art pour un résultat qui, justement, ne dépend pas des contraintes simples du marché. Pour nous aider à mieux comprendre les gens qui font le luxe, nous avons été immergés dans certaines maisons qui nous ont ouvert leurs portes.

 

Les visites

Nous étions six écrivains, et six écrivains de science-fiction, peu de perspectives d’obtenir le Goncourt ou d’entrer à l’Académie, pourtant l’accueil qui nous a été fait fut chaleureux et généreux. Nous avons eu le privilège d’observer des choses rares dans tous les domaines, depuis les restaurants étoilés jusqu’à la haute couture en passant par le vin et le cristal. J’aurai l’occasion de détailler plus tard certaines visites, mais j’ai rencontré des gens fiers de leur travail, conscients de la chance de pouvoir se perfectionner et d’expérimenter dans des maisons de prestige, du plus humble au plus fou. Il existe une richesse humaine dans le luxe qui ne se mesure pas au prix de ce qui est vendu.

J’ai adoré ces expériences, non seulement à cause du privilège (il serait malhonnête de ne pas apprécier cela, car c’est l’un des moteurs du luxe), mais aussi parce que j’ai adoré rencontrer la passion de ces ouvriers et artisans pour leur métier. J’ai un grand respect pour les travaux manuels, et surtout le travail de la matière, dans ses aspects les plus sensuels. La forgeronne dans le Melkine en est une des preuves. Tout ce savoir-faire qui nous a été présenté, qui repose sur des siècles et qui continue d’évoluer, a un caractère fragile et mon rôle, en tant qu’écrivain, était aussi de rassurer, de dire que dans le futur, ce savoir-faire humain ne serait pas perdu.

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La Reine d’Ambre

J’ai écrit ce texte en décembre, sur cinq jours. Je me suis vraiment organisé pour n’avoir à penser qu’à ce texte (j’ai mis en pause tout le reste à la même période). Beaucoup d’idées avaient mûri dans les semaines précédentes, si bien que l’écriture fut une expérience joyeuse et plaisante, l’impression de surfer sur une vague quand rien ne vient s’opposer au flux de l’histoire. Je connaissais les lieux, je connaissais le personnage central, je retrouvais des concepts d’Intelligence artificielle qui m’étaient familiers. Restait à faire tenir l’ensemble à la manière d’une bulle de savon qui ne doit pas éclater. C’est une fois le texte terminé, à la relecture, que j’eus le plus de surprises. J’avais peu de passages à réécrire, et même après l’avoir soumis à Jean-Claude pour la direction littéraire, le résultat s’avéra très proche du premier jet. Magie de l’écriture, il existe des textes qui demandent des réécritures multiples ( 6 versions pour le tome 1 du Melkine) et d’autres qui se déroulent comme dans un rêve. On ne peut pas reproduire cette sensation à chaque fois, mais quand on y arrive, on sait pourquoi on écrit. Je ne sais pas quel plaisir de lecture ce texte procurera au lecteur, mais pour ma part, j’ai adoré construire cette histoire.

J’avais choisi de me concentrer sur le vin, suite à l’une de nos visites. Le responsable du domaine nous avait parlé de la gestion de la complexité, ce qui, pour un écrivain de science-fiction qui se respecte, conduit naturellement à penser aux Intelligences artificielles. Pour fusionner le tout, il fallait un personnage central marquant. Une des évolutions récentes concernant le vin, c’est non seulement qu’il se mondialise dans des zones où il était absent, mais aussi pour des populations nouvelles. Le cas du Japon est tout à fait marquant à ce stade : dans un pays de la bière et du saké, le vin, rouge notamment, est devenu la boisson des femmes et des femmes indépendantes. Dans une France du futur, il m’apparut naturel qu’un domaine viticole soit dirigé par une femme ayant des origines japonaises. Je voulais montrer un pays du métissage et du métissage lointain. D’autre part, la France et le Japon partagent la même approche du luxe et de la perfection qui lui est associée. Un artisan exceptionnel au Japon est appelé « Trésor vivant », ce qui est une manière d’insister sur le caractère créatif de ces personnes. Enfin, le Japon a un rapport quasi mystique avec la nature, qui lui vient du shintoïsme, le culte polythéiste autochtone, de la même manière que les vignerons ont un rapport charnel à la vigne, à la terre et à la météo. Noriko Higuchi, une vigneronne japonaise me semblait incarner la synthèse de tout cela.

La question des Intelligences artificielles se révéla plus délicate car elle venait en contradiction avec le caractère humain, sensoriel, du travail de la vigne. Comment une machine pourrait s’occuper du vin ? Artisans et ouvriers n’ont pas vraiment envie d’être remplacés par un ordinateur, ils peuvent considérer cela comme une concurrence mortelle. J’ai volontairement joué avec cette peur pour les rassurer. Cependant, je ne voulais pas rassurer en reprenant un cliché selon lequel l’homme serait toujours supérieur à la machine. Je voulais décrire une utopie, un monde apaisé, il me fallait montrer que l’homme et la machine pouvaient cohabiter, coexister sans notion de concurrence, en harmonie. Pour y arriver, la première chose était d’enlever le langage à mon Intelligence artificielle. Nous avons le souvenir d’HAL dans 2001 Odyssée de l’espace, et une machine qui raisonne et dialogue sera toujours comparée à cet ordinateur criminel. Adélaïde, (l’IA de ma nouvelle), ne converse pas à la manière d’un humain, elle exécute des routines. Elle pourrait avoir un aspect décevant, mais sa relation avec sa propriétaire est d’une autre nature. Nous craignons les machines parce que ce sont des purs intellects, dépourvus de sensibilité, d’émotions, de sensations, j’ai donc créé une Intelligence artificielle focalisée sur les sensations et les émotions, résultat de la symbiose avec Noriko par l’intermédiaire d’un bijou. Quand Adélaïde s’exprime et analyse un vin, ce n’est pas sous la forme d’une formule, mais de manière poétique, comme un oracle inspiré par des vapeurs non de soufre, mais d’alcool. L’interprétation humaine de ces paroles assure l’union de la machine et de l’homme. Ainsi, jamais l’Intelligence artificielle ne remplace l’individu, elle interagit, chacun enrichissant l’autre dans une relation comparable à celle qui nous lie à des animaux familiers. Dans cette France de 2074, les Intelligences artificielles sont comme des enfants qui évoluent sous la bienveillance de leurs parents tout en montrant à ces derniers de la nouveauté et de l’inédit.

Je n’ai pas peur de ce monde s’il arrivait, et je pourrais me plaire dans ce pays que nous avons imaginé dans cette œuvre collective. C’est une utopie, mais une utopie dynamique, une société de la transformation heureuse, qui sait allier développement technologique et respect de l’humain et de sa mémoire. Un monde où le futur a un avenir.