Les Utopiales 2014 se sont terminées la semaine dernière, une édition très réussie. Je suis toujours fasciné par le public toujours présent et intéressé par des tables rondes parfois pointues. Comme ces dernières sont préparées à l’avance, les participants peuvent anticiper et offrir un résultat plus construit. On trouvera sur actusf les enregistrements des conférences et cours du soir. Il y en a beaucoup.

Le Vendredi 31 octobre, le prix Julia Verlanger (soutenu par la Fondation de France) a été décerné. Les oeuvres sélectionnées étaient les suivantes :

Time Out, d’Andreas Eschbach, éd. L’Atalante
La Longue Terre, de Terry Pratchet & Stephen Baxter, éd. L’Atalante
Le Sang des sept rois, de Régis Goddyn, éd. L’Atalante
Fées, weed et guillotines, de Karim Berrouka, éd. ActuSF
L’Esprit du Melkine, d’Olivier Paquet, éd. L’Atalante
La Grande Route du nord, de Peter F. Hamilton, éd. Bragelonne

C’est la trilogie du Melkine qui a été récompensée. Vous trouverez la cérémonie ici.

L’un des atouts de cette cérémonie, c’est que l’on prend du temps à lire des extraits des œuvres. J’en profite donc pour publier l’extrait de « la mort du Melkine » lu vendredi. Comme toujours, c’est une expérience étrange que d’entendre ses mots lus par quelqu’un d’autre. On redécouvre des choses et je ne cache pas que le résultat m’a ému, avant même de savoir que j’avais remporté le prix.

À la fois danseur et sculpteur, l’homme aux mains d’étoiles se connectait à la totalité des relations humaines dont il avait connaissance. Il ne s’intéressait pas au contenu des échanges ¬— le message n’avait aucune importance —, mais à l’extraordinaire constellation que les individus construisaient autour d’eux pour communiquer. Par quelle stratégie étrange certains si proches s’évitaient, alors qu’ils essayaient désespérément de joindre d’autres déjà noyés dans une masse de contacts ? Ismaël repérait les « soleils » et les « satellites », les « étoiles » et les « trous noirs », ceux qui irradiaient et ceux qui perdaient les gens approchant d’eux. Ils étaient forts, faibles, fragiles et sublimes. Impossible de les juger — aucune relation n’a de modèle à atteindre —, juste cette sensation avide, ce besoin de voir ce qui est toujours obscur. Lever le voile sur la matière même de notre humanité, et en rendre compte, en construire une trace.

A l’occasion des Utopiales et de l’obtention du prix Julia Verlanger, j’ai répondu à deux interviews.

Sur le blog de Michel Dubat :

Olivier Paquet,vous avez sorti dans le même univers que votre trilogie  « Le Melkine » : Bleu argent (2014), comment doit ton lire cet ouvrage ? S’agit-il d’un prequel, d’une suite, d’un ouvrage totalement indépendant de la trilogie ?

  Bleu Argent est né du constat que j’avais des tas de personnages adolescents dans Le Melkine et que si je n’utilisais pas ce potentiel pour écrire un roman Young Adult, je serais vraiment un idiot. En soi, ce roman peut se lire indépendamment de la trilogie, il développe certains principes de l’univers de l’Expansion, mais rien d’aussi massif que dans le premier tome du Melkine. Par exemple, tout ce qui concerne les Fréquences est absent.

En revanche, un lecteur de la trilogie va trouver des échos nouveaux par rapport à ce qu’il connaît, il va pouvoir réinterpréter certaines décisions du tome 1, mieux comprendre certains personnages. Même chose pour quelqu’un qui passerait de Bleu Argent à la trilogie. Tout est indépendant, mais rien n’est inutile. Je comble certains trous (volontaires), j’offre de nouveaux éclairages. C’est tout le plaisir d’avoir créé un univers aussi vaste que de l’explorer en compagnie des lecteurs.

Sur le site de Phenix-Mag :

Avez-vous des sources d’inspiration privilégiées, des auteurs préférés ? Certains vous ont-ils influencé ?
La source primordiale de mon écriture, c’est le manga et la littérature japonaise. Le manga m’a surtout apporté une grammaire narrative particulière. Il ne suffit pas de parler de samouraïs pour « faire manga », je vois plutôt la bande dessinée japonaise comme un média avec son écriture propre, ses changements de rythme, sa capacité à modifier le niveau de détail du dessin selon le propos, selon ce que l’auteur veut souligner. Un jour, Estelle Faye m’a dit que j’avais un style épuré et évocateur et je pense que je le dois à la littérature japonaise. Kawabata ou Soseki m’ont appris qu’on pouvait décrire précisément une femme, sans se servir de métaphores et la rendre poétique, à travers le choix d’un détail, la précision d’un mot. Évidemment, je suis persuadé qu’il me faudra une vie d’écrivain pour atteindre ces sommets de simplicité, mais c’est une voie qui me plaît.

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