Cet ouvrage paru en septembre 2015 chez Mariner, est la réédition de l’ouvrage paru en 1998, augmenté et modifié depuis et consiste en une série de conseils et d’exercices tirés d’ateliers dirigés par Ursula Le Guin. Il ne s’agit pas d’un manuel exhaustif sur l’écriture, encore moins d’une évocation de son approche personnelle. Ce livre ne s’adresse donc pas aux débutants, ou aux amateurs qui chercheraient des méthodes pour écrire. Le concept même de méthode pour « bien écrire » étant étranger à la pensée de Le Guin. Il s’agit plutôt d’exercices pour éveiller l’attention de l’auteur. Une fois qu’il est devenu attentif à certains éléments ou à certaines techniques d’écritures, il peut les oublier, parce que tout cela est devenu des compétences.

« Il y a de la chance dans l’art. Et il y a le don. Vous ne pouvez l’acquérir. Mais vous pouvez apprendre une compétence, vous pouvez l’acquérir. Vous pouvez apprendre à mériter votre don. »

Aucun exercice ne traite du découpage d’une histoire, de la création d’un personnage, de la description ou des scènes d’action, et pourtant l’ensemble est là pour aider à faire avancer l’histoire, à la guider, à tenir le gouvernail. Le projet de Le Guin n’est pas d’apprendre à exposer, à exprimer des idées, mais bien à pratiquer l’art de raconter des histoires.

Les chapitres montrent bien qu’on est dans l’écriture même, à l’échelle du mot et de la phrase, pas dans la structure générale : La musique de votre écriture ; ponctuation et grammaire ; longueur de phrases et syntaxe complexe ; répétitions ; adjectifs et adverbes ; verbes : personne et temps ; point de vue et voix ; changer de point de vue ; narration indirecte ; plein et vide.

Chaque chapitre présente le sujet, avec des exemples tirés de la littérature classique (Mark Twain, Virginia Woolf, Jane Austen, Charles Dickens, JRR Tolkien) avant d’exposer un ou deux exercices permettant d’expérimenter un éventail de possibilités plutôt que de contraindre à une bonne manière. C’est un point très important, Le Guin ne dit pas comment il faut réussir ces exercices, mais comment chacun peut fournir un court texte qui peut être discuté en atelier.

Le Guin, avec ce mélange de respect pour les formes classiques et d’iconoclasme qui la caractérise, met en garde contre les modes (l’utilisation du présent, de la 3e personne limitée, en littérature anglo-saxonne) tout en égratignant certains auteurs (Salammbô de Flaubert et son obsession du mot juste (en français dans le texte) qui rend le tout indigeste à ses yeux).  Tout est possible, à condition de savoir pourquoi on le fait. L’auteur peut briser les règles tant qu’il en est conscient et qu’il en connaît le bénéfice.

A noter que, par rapport à l’édition de 1998, Ursula Le Guin a rajouté un chapitre sur les ateliers en ligne, entre auteurs de même expérience, donnant quelques indications pour que le processus de critique collective se passe dans de bonnes conditions. Cela peut aussi concerner la béta-lecture.

Si l’on cherche des réponses sur la meilleure façon d’écrire, on n’en trouvera pas dans ce livre. Ce n’est pas le propos. Ursula Le Guin s’intéresse à la formation de capitaines, à guider des gens qui ont compris que l’écriture, le style, sont là pour mettre en valeur l’histoire, pour la rendre puissante et audible pour le lecteur. A chacun de trouver comment barrer son navire, aidé de ses mots et de sa voix.

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