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Du travail du manuscrit…

Je vais envoyer demain la seconde version du manuscrit de « Jardin d’hiver » à mon éditeur, et ça m’a amené à quelques réflexions sur ce qu’on entend par « travail du texte », surtout quand le roman est accepté et que l’on discute de l’amélioration pour la publication.

Tout d’abord, contrairement à une idée assez répandue sur les sites de conseils d’écriture, le premier jet d’un auteur « pro » ou expérimenté (pour faire simple) n’est pas pourri ou nul. Quand on écrit plusieurs semaines, plusieurs mois une histoire, ce n’est pas juste pour aligner des mots au hasard et obtenir un résultat illisible. On s’engage, on s’amuse, chaque auteur a son propre terme, mais il ne part pas du principe que le premier jet est bon à jeter.

Non, ce qu’un auteur obtient quand il termine son premier jet, c’est un manuscrit « brut ». L’art brut est de l’art, pas l’art pourri. On obtient une matière que j’aime qualifier de vivante, parce qu’on peut la manipuler, l’orienter dans un certain nombre de directions : modifier l’ordre des séquences, faire apparaître ou disparaître des personnages, changer la signification d’un dialogue. Il y a du plaisir dans l’écriture du premier jet, et aussi dans la réécriture. On va découvrir dans cette matière des aspects qui nous paraissaient flous avant d’entamer la première phrase du roman (ou de la nouvelle). La réécriture plonge le texte brut dans un bain révélateur, accentuant les contrastes, soulignant les effets. Tout est possible. On s’éloigne du processus initial, on cherche autre chose.

Étonnement, surprise, perplexité, voilà tout ce qu’on attend de la réécriture. On attaque le texte par un autre versant.

Enfin, quand la première révision est terminée, on passe au polissage. Voilà encore une  phase étrange. Certes, il y a une part mécanique (vérification orthographique/grammaticale, chasse aux répétitions, limitation des verbes ternes et des cascades de compléments), mais l’essentiel ne se situe pas là. A partir d’un moment, on se connaît, on entend « sa » phrase, on a défini ses propres critères, sa propre grille. La part d’étrange, c’est que je serais bien incapable d’expliciter cette grille, je ressens sa présence, je constate qu’elle me guide, mais d’où vient-elle ? On ne la trouve pas dans les manuels d’écriture, ni dans les ateliers ; elle peut évoluer au fil des ans, après chaque texte. Même en sachant qu’elle résulte de notre volonté, on s’y soumet, plus ou moins de bon cœur.

Après tout cela, quand toutes ces étapes vivantes ont été franchies, quand le manuscrit est passé du brut au finalisé, j’ai le sentiment que le texte est mort pour moi. On pourrait évoquer le deuil, mais, après réflexion, ce processus était enrichissant, contradictoire, éreintant mais procurant du plaisir, rien à voir avec le drame. Pourtant, il arrive un moment où le texte se fige à mes yeux, où il perd de son intérêt en tant que matière, pour vivre chez des lecteurs. Comme toute cette transmission me semble toujours étrange ! Elle a une part de mystère irréductible qui fait le charme de la chose.

Lors des dernières Utopiales, j’ai pu présenter mon prochain roman à paraître chez l’Atalante (pour le deuxième semestre 2016) et qui s’intitule Jardin d’hiver.

Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé « le crime du siècle ». Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes. L’histoire tourne autour d’une bande de contrebandiers cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les batailles et qui tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte les fera traverser l’Europe à la recherche du passé et des germes du futur.

Ce roman est parti de plusieurs envies. La première, c’est d’inventer une Europe du futur, totalement recomposée et dont la manifestation la plus pure est incarnée par un nouveau Paris. La capitale n’est plus une ville musée, mais une ville de grandes tours, d’arrondissements suspendus et de métros aériens. Je me suis aidé pour cela de l’exposition Revoir Paris, réalisée à partir de la bande-dessinée de Schuiten et Peeters et retraçant tous les projets de reconstruction de la ville à partir du 19e siècle.

Ensuite, j’ai voulu changer de perspective sur la question du rapport aux machines. Il devient de plus en plus cliché d’accuser l’informatique de transformer l’humain, de le soumettre et de le déformer. Dans le monde de Jardin d’hiver, les machines sont les seules entités dignes de confiance, les humains ne cessant de mentir, trahir, jouer la comédie pour servir leurs intérêts. J’ai tenté d’explorer toutes les symbioses possibles entre nature et mécanique, avec tout ce que cela implique.

Enfin, pour la première fois dans un roman, j’ai vraiment créé un personnage d’Intelligence artificielle. Comme dans ma nouvelle « la Reine d’Ambre », mon IA appelée Sublime n’a pas de langage et a développé une communication fondée sur la sensualité et la sensibilité. Sa puissance se dévoile au fur et à mesure du roman et j’aime bien le résultat.

D’un point de vue général, c’est un roman sur le pardon, élément essentiel pour un conflit qui va se terminer, avec tous les sacrifices que cela entraîne. Après, attendez-vous à de grosses scènes d’action, des armes aux capacités « un peu » excessives, et des personnages tout à fait héroïques. Jardin d’hiver est un grand opéra dont l’Europe est le décor.

Encore une belle édition que cette année, avec plus de 65 000 visiteurs à Nantes pour célébrer la science-fiction. Je ne suis pas resté assez longtemps pour avoir le temps de profiter de toutes les conférences et activités disponibles, mais le beau temps  n’a pas dissuadé le public de s’enfermer dans la Cité des Congrès.

Conférence sur la scène Shayol (photo ActuSF)

Ma première journée s’est répartie en trois événements :

  • Discussion avec mon éditrice au sujet de mon prochain roman qui s’intitule Jardin d’hiver. Plus d’informations à venir, mais la sortie est programmée pour le second semestre 2016.
  • Après un court passage par l’infirmerie (oui, les Utopiales, c’est dangereux), une interview croisée avec Jeanne-A Debats pour Imaj’nère (diffusion à venir sur Radio G. Moment sympa et détendu, même si je n’ai pas pu prolonger l’après-interview comme j’aurais aimé. Petit moment de stress au moment où on me demande de choisir une musique : j’écoute si souvent de la musique en écrivant que ne sélectionner qu’un morceau est une torture. Heureusement, Jeanne m’a soumis une piste et j’ai pu répondre.
  • Remise du prix Julia Verlanger et séquence-souvenir pour Ayerdhal. Le moment était délicat. Il était impensable de ne pas évoquer la disparition de cet auteur et pourtant, il s’agissait d’honorer un roman paru cette année. Par respect pour la présidente du prix, Sara Doke, il ne fallait pas que l’hommage phagocyte l’événement. Gilles Francescano a parfaitement su trouver les mots, les anecdotes pour parler de Yal, tandis que Pierre Bordage a lu le début de Transparences, Norman Spinrad est aussi intervenu pour évoquer la science-fiction française à cette occasion. Je trouve très bien qu’Ugo Bellagamba, directeur artistique du festival, fut présent autant pour marquer le décès d’Ayerdhal que pour souligner l’importance du prix Julia Verlanger. Cela donnait un bon équilibre à l’ensemble. J’ai lu des extraits des ouvrages sélectionnés, et notamment un passage de L’adjacent de Christopher Priest. Outre qu’il s’agit d’un très grand auteur de la science-fiction, j’ai une petite histoire avec Christopher au sujet des prix. Lors des Utopiales 2002, j’étais assis à côté de lui dans la grande salle de cinéma pour la remise du Grand Prix de l’Imaginaire et nous gérions notre stress, chacun à notre façon, avant de monter sur scène. Bien des années plus tard, à Epinal, il me reparlera de ce moment. Aussi, je me suis retrouvé très honoré de lui passer l’accolade lorsqu’il reçut un prix spécial du jury. J’aime l’idée que les auteurs ont des connexions spéciales entre eux, faites de hasard, qui n’ont rien à voir avec le prestige mais plutôt au fait d’appartenir à une sorte de famille, au sens large du terme. Me trouver dans la même famille que Priest, c’est génial. Tout autant que se trouver dans la même famille que Laurent Genefort, lauréat 2015 du prix Julia Verlanger. Même après une carrière aussi longue, Laurent mérite qu’on célèbre encore son talent, sa passion pour la science-fiction. Il fait partie des conteurs, des inventeurs de mondes, et j’apprécie tout particulièrement d’avoir transmis le prix à quelqu’un qui, humainement, est tout aussi remarquable.

Photo ActuSF

Le lendemain commença plus rudement avec une partie « travail ». Mon éditeur, l’Atalante, organise des réunions entre auteurs, libraires, représentants et bibliothécaires pour parler des projets des uns et des autres pour l’année à venir. C’est assez informel, c’est TÔT, à l’aune d’un festival, mais l’occasion est belle pour avoir le temps de présenter les futures publications. Je ne peux rien dire pour les camarades, histoire qu’ils puissent réserver des surprises, mais j’ai pu annoncer la sortie au second semestre 2016 de Jardin d’hiver, mon prochain roman. Je ne vais pas détailler car je le ferai dans un autre post.

Samedi après-midi fut entièrement consacré aux tables rondes et dédicaces. La première, consacrée aux faux-semblant du politique, permit de parler du pouvoir en compagnie de scénaristes/auteurs de BD. Elle se déroula aisément et dans une bonne ambiance, la confrontation avec des non-écrivains étant très intéressante de mon point de vue. Je n’ai pas pu m’empêcher d’évoquer le fait que si la bande dessinée politique apparaît vraiment avec la revue Métal Hurlant dans les années 70, elle apparaît dans les mangas dès les années 50-60. Il aurait fallu plus de temps pour expliquer cette différence, qui tient plus au contexte éditorial qu’à un vrai choix des auteurs dans le cas francophone.

La seconde table ronde fut beaucoup plus problématique à mon goût. Elle traitait de la question de la société de surveillance et des dystopies, en compagnie de Catherine Dufour, Alain Damasio, Jake Raynal et Jean-Marc Ligny. Le public sur la scène Hetzel s’était beaucoup mobilisé, preuve que le sujet est très sensible. Tant mieux. En revanche, j’ai trouvé très perturbant que les propos d’Alain Damasio soient systématiquement applaudis (et ceux de Catherine, dans une moindre mesure). Je n’ai rien à reprocher à Alain et Catherine, tous les deux très sympathiques et impliqués dans leurs propos. Sauf que cette ambiance, très différente de toutes les autres, transformait la table ronde en un meeting sans que l’on sache très bien d’où ça venait. Parfois, j’ai eu le sentiment qu’un mot de trop pouvait faire déraper. J’aime bien pouvoir rebondir sur les propos tenus par les autres intervenants en conférence, pour mieux comprendre ou pour instaurer un dialogue, et je sais que la plupart des modérateurs apprécient cela. Ici, j’ai limité autant que possible, et je trouvais bizarre d’avoir l’impression de monologues plutôt que de table ronde. Je n’ai aucune idée du résultat (certes, on trouve toujours des gens pour apprécier les interventions de chacun, mais vu le nombre de personnes ayant assisté, leur proportion reste inconnue), mais je n’aimerais pas renouveler l’expérience de vivre une tribune politique où la discussion a un côté factice du fait des réactions du public. C’est physiquement qu’on sent le malaise, alors même qu’intellectuellement le cerveau fonctionne toujours.

Le dernier jour du festival fut l’occasion d’apprécier l’atmosphère printanière de Nantes ce 1er novembre, de rencontrer l’auteur Francesco Verso, éditeur numérique de la version italienne de la « Reine d’Ambre » et de dire au revoir à tous, notamment aux bénévoles qui font un travail remarquable et se démènent pour rendre la vie facile aux auteurs. Mes remerciements finaux à l’équipe du festival, Marie Masson, Roland Lehoucq et Ugo Bellagamba, qui ont su trouver la formule pour attirer du monde. A propos d’Ugo, ce dernier vient d’annoncer qu’il avait présidé à ses dernières Utopiales en tant que directeur artistique, dans un texte très beau et très élégant. Avec ce côté « gentleman » qui le caractérise, il reconnait des erreurs et des fautes, mais pour l’auteur que je suis, invité au cours des dernières éditions, je considère qu’il n’a pas à rougir de son bilan. Il fallait beaucoup de brio pour donner une identité claire à ce festival en tentant de mélanger science et fiction sans se couper du grand public. Le succès grandissant, au fil des éditions, prouve qu’il s’agissait d’une option payante, une bonne intuition (au sens scientifique du terme). Merci Ugo, avec Roland, vous avez su imprégner votre marque sur le festival et j’espère que cela continuera de se faire sentir dans les éditions suivantes !

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Le « Janus bifrons » des Utopiales, Ugo et Roland

« La science-fiction, c’est un petit peu le successeur de la philosophie. Elle est née avec la philosophie et c’est à peu près le dernier domaine où l’on réfléchit à l’humanité telle qu’elle est en anticipant un petit peu sur telle qu’elle peut devenir. » Yal Ayerdhal (2015)

Une grande personnalité de la science-fiction francophone est morte cette semaine, l’auteur de Parleur, Demain une oasis, co-auteur d’Etoiles mourantes avec mon ami Jean-Claude Dunyach. Beaucoup de livres, une grande envie de parler du monde à travers la science-fiction, beaucoup d’engagement(s), voilà qui était cet homme. Ses amis les plus proches, les plus anciens, ont su parler de lui dignement et de manière émouvante, et continueront de le faire, aussi j’ai préféré mettre en avant cette dernière interview pour le site daily mars, il y a des hasards dont on ne peut dire s’ils sont heureux ou malheureux. Je trouve, pour ma part, que cette interview continue de transmettre l’énergie et la passion de cet auteur pour tout.

Bien sûr que nous sommes tristes, mais les mots de Sara Doke, celle qui partageait sa vie, doivent nous rappeler qu’il faut regarder vers l’avant, d’utiliser ce qu’Ayerdhal a partagé avec nous, pour progresser. Comme Roland jadis, je préfère garder de ces disparus l’image de cette puissance de vie, ce qui ne pourra jamais disparaître.

Je laisse la parole à Sara pour annoncer : « Nous dirons au revoir à Yal mardi 3 novembre à 14h45 au funérarium de Bruxelles, rue du Silence, en noir et rouge, en arc-en-ciel. Venez si vous pouvez, que ce moment soit grand, fort, chaleureux, à son image. »


Et c’est pour toutes ces raisons qu’il ne faut pas négliger de parler des Utopiales, ce festival dont l’édition 2015 a pour thème « Réalité(s) ». Je serai présent à partir du Vendredi 30 octobre jusqu’au Dimanche, avec le programme suivant :

Vendredi 30 octobre

21h / Scène Hetzel. Cérémonie du prix Julia Verlanger 2015.

J’y suis présent en tant que lauréat de l’année précédente. Durant cette cérémonie, quelques instants seront consacrés au souvenir d’Ayerdhal, par solidarité avec Sara Doke, présidente du jury, absente pour des raisons évidentes.

Samedi 31 octobre

13h / Scène Shayol. Les faux-semblants du pouvoir : représentations de la vie politique dans la science-fiction

Avec : Fabien Vehlmann, Norman Spinrad, Fred Duval, Olivier Paquet. Modération : Pierre-Paul Durastanti

15h00 / Scène Hetzel. Systèmes de surveillance et délation citoyenne : la dystopie est-elle devenue réalité ?

Avec : Jean-Marc Ligny, Catherine Dufour, Olivier Paquet, Jake Raynal, Alain Damasio. Modération : Antoine Mottier

Créneaux de dédicaces :

Vendredi 30 octobre : 16h

Samedi 31 octobre : 14h et 16h

Du 21 au 25 octobre a lieu le festival des Intergalactiques à Lyon (MJC Monplaisir). Après la table ronde d’ouverture à la bibliothèque de la Part-Dieu « L’Homme face au temps de la science-fiction » à 18h30, le week-end sera consacré à des tables rondes et des dédicaces. Le festival comporte aussi un volet de projections et d’animations sur le thème du temps, les détails sont sur le site de la manifestation.

Pour ma part, j’interviendrai :

Samedi 24 octobre à 14h30, Amphithéâtre.

– Table ronde : Le Space Opéra face à la théorie de la relativité en cinéma & littérature.

Avec Gilles ADAM (Astrophysicien), Le Capitaine du NEXUS VI (Critique & vidéaste), Marc LACHIEZE-REY (Astrophysicien, théoricien et cosmologue du CNRS), Sylvie LAINÉ (L’Opéra de Shaya) & Olivier PAQUET (Le Melkine). Modération : Jal.

Dédicaces au Salon du livre, stand de la librairie Omerveilles :

– Samedi 24 octobre de 14h à 19h & Dimanche 25 octobre de 10h à 18h.

La semaine d’après, je partirai pour les Utopiales, j’en parlerai plus tard.


Une critique récente de Structura Maxima par Noé Gaillard :

« Le réalisme poétique de Paquet se traduit pour moi par la subtilité avec laquelle il décrit l’ambiguïté – inhérente aux humains – de ses personnages. On notera qu’ils ont toujours une ou deux failles qui les rendent humains, attachants. La fin de l’histoire ne devrait pas surprendre et l’intérêt de toute l’histoire se situe alors dans la façon de faire naître et de résoudre les conflits.

A lire d’une traite… »

Cet ouvrage paru en septembre 2015 chez Mariner, est la réédition de l’ouvrage paru en 1998, augmenté et modifié depuis et consiste en une série de conseils et d’exercices tirés d’ateliers dirigés par Ursula Le Guin. Il ne s’agit pas d’un manuel exhaustif sur l’écriture, encore moins d’une évocation de son approche personnelle. Ce livre ne s’adresse donc pas aux débutants, ou aux amateurs qui chercheraient des méthodes pour écrire. Le concept même de méthode pour « bien écrire » étant étranger à la pensée de Le Guin. Il s’agit plutôt d’exercices pour éveiller l’attention de l’auteur. Une fois qu’il est devenu attentif à certains éléments ou à certaines techniques d’écritures, il peut les oublier, parce que tout cela est devenu des compétences.

« Il y a de la chance dans l’art. Et il y a le don. Vous ne pouvez l’acquérir. Mais vous pouvez apprendre une compétence, vous pouvez l’acquérir. Vous pouvez apprendre à mériter votre don. »

Aucun exercice ne traite du découpage d’une histoire, de la création d’un personnage, de la description ou des scènes d’action, et pourtant l’ensemble est là pour aider à faire avancer l’histoire, à la guider, à tenir le gouvernail. Le projet de Le Guin n’est pas d’apprendre à exposer, à exprimer des idées, mais bien à pratiquer l’art de raconter des histoires.

Les chapitres montrent bien qu’on est dans l’écriture même, à l’échelle du mot et de la phrase, pas dans la structure générale : La musique de votre écriture ; ponctuation et grammaire ; longueur de phrases et syntaxe complexe ; répétitions ; adjectifs et adverbes ; verbes : personne et temps ; point de vue et voix ; changer de point de vue ; narration indirecte ; plein et vide.

Chaque chapitre présente le sujet, avec des exemples tirés de la littérature classique (Mark Twain, Virginia Woolf, Jane Austen, Charles Dickens, JRR Tolkien) avant d’exposer un ou deux exercices permettant d’expérimenter un éventail de possibilités plutôt que de contraindre à une bonne manière. C’est un point très important, Le Guin ne dit pas comment il faut réussir ces exercices, mais comment chacun peut fournir un court texte qui peut être discuté en atelier.

Le Guin, avec ce mélange de respect pour les formes classiques et d’iconoclasme qui la caractérise, met en garde contre les modes (l’utilisation du présent, de la 3e personne limitée, en littérature anglo-saxonne) tout en égratignant certains auteurs (Salammbô de Flaubert et son obsession du mot juste (en français dans le texte) qui rend le tout indigeste à ses yeux).  Tout est possible, à condition de savoir pourquoi on le fait. L’auteur peut briser les règles tant qu’il en est conscient et qu’il en connaît le bénéfice.

A noter que, par rapport à l’édition de 1998, Ursula Le Guin a rajouté un chapitre sur les ateliers en ligne, entre auteurs de même expérience, donnant quelques indications pour que le processus de critique collective se passe dans de bonnes conditions. Cela peut aussi concerner la béta-lecture.

Si l’on cherche des réponses sur la meilleure façon d’écrire, on n’en trouvera pas dans ce livre. Ce n’est pas le propos. Ursula Le Guin s’intéresse à la formation de capitaines, à guider des gens qui ont compris que l’écriture, le style, sont là pour mettre en valeur l’histoire, pour la rendre puissante et audible pour le lecteur. A chacun de trouver comment barrer son navire, aidé de ses mots et de sa voix.

Chronique de You’re never weird on the internet (Almost) par Felicia Day, Sphere Edition. 2015

Felicia Day est une actrice américaine qui a joué pour Joss Whedon et divers petits rôles dans des séries (je me souviens d’elle en prof dans House M.D), et ne serait pas connue dans le milieu des amateurs de jeu vidéo et des geeks en général, si elle n’avait pas réalisé une webserie, The Guild, inspirée de World of Warcraft. En publiant ce livre, elle retrace son parcours, celle d’une adolescente isolée qui a trouvé dans Internet un moyen de nouer des contacts avec une communauté et de s’exprimer.

D’une certaine manière, tout ce livre traite du moyen de contrôler sa vie quand on est un artiste, mais ce qui pourrait être un sujet angoissant est abordé avec un humour et un sens de la formule qui rend la lecture tout à fait hilarante. On rit beaucoup, même quand Felicia Day aborde ses échecs, et elle ne tombe jamais dans l’auto-apitoiement. Rien que pour ça, ce livre fera passer un bon moment, même aux non-geeks et à ceux qui ne connaissent rien au milieu du jeu vidéo, tant il est accessible.

De son adolescence, Felicia Day trace le portrait d’une personne isolée dans une ville du Sud, retirée de l’école pour éviter les établissements bigots par une famille bohême et qui trouva dans les balbutiements d’Internet (le jeu Ultima) qu’une communauté partageait ses goûts pour ce qui était en dehors de la culture consacrée. Etudiante douée, mais plus par orgueil que par envie profonde, elle ira à Los Angeles pour se lancer dans une carrière d’actrice qui corresponde enfin à ses désirs.

Malheureusement, avant de pouvoir tutoyer Johnny Depp, la jeune actrice se retrouve le plus souvent dans des publicités, ce qui assure des revenus, mais pas l’épanouissement. C’est là, vers 2005, pour échapper à la dépression qui l’attend, que Day plonge dans l’univers de World of Warcraft. Si elle décrit ce qui s’apparente à une addiction, elle montre que ce n’est pas la faute du MMORPG, mais bien de sa situation personnelle. Dans un univers réel où les critères de réussite sont flous, les objectifs du jeu offrent une simplicité rassurante (« si vous me ramenez 40 cornes de rhinocéros, je vous donne un bijou »). Elle est acceptée et peut se montrer utile, sans avoir à faire semblant.

Un concours de circonstances va l’aider non seulement à abandonner World of Warcraft, mais aussi à transformer cette expérience en quelque chose de positif : la websérie The Guild. Série bricolée, diffusée sur Youtube, elle arrive juste au bon moment, quand ce type de production est rare et que le phénomène WoW draine une population importante. Le succès sera suffisamment important pour que The Guild soit diffusé via la XboX et que tous les acteurs, bénévoles au début, soient payés décemment.

Le livre se serait arrêté là, ce serait une histoire typiquement américaine, sur la voie vers le succès à partir de rien ou presque. Sauf que Felicia Day raconte l’après et révèle l’envers. Pour quelqu’un d’angoissé et d’introverti, le succès à un coût, qu’elle paiera physiquement et mentalement par une dépression sévère. Comment ne pas décevoir saison après saison ? Comment écrire à nouveau ? Comment gérer une équipe lorsqu’on préfère le calme et disparaître dans la foule ? Autrement dit, comment reprendre le contrôle sur sa vie, quand des centaines et des milliers de fans se sont emparés de votre oeuvre et que vous répondez à leurs attentes plutôt qu’à vos désirs ? Le syndrome de l’imposteur n’est jamais très loin et finit par empoisonner, et il faut du courage pour mettre fin à ce qui a constitué un moment aussi important de votre vie. Malgré ses doutes et ses angoisses, Felicia Day dispose d’une bonne réserve de courage.

Enfin, dans un dernier chapitre, elle revient sur la polémique du Gamergate (où des amateurs de jeu vidéo s’en sont pris à des journalistes femmes de manière sexiste et violente). C’est un chapitre assez douloureux, même si l’humour de Felicia Day est toujours là pour éviter le pathos. Ce qui m’a le plus marqué, c’est ce moment où Felicia évite des jeunes gens avec des T-shirts de jeux vidéos, ce moment où elle fuit ces personnes alors même que vingt ans plus tôt, cette communauté l’avait accueillie et lui avait permis de partager ses goûts et d’être comprise. Cela montre à quel point cette frange des geeks porte préjudice à la communauté toute entière. Peu nombreux, mais terriblement violents, il terrorisent même ceux qui sont les représentants les plus sympathiques et les plus originaux.

Malgré tout, Felicia Day ne renonce pas, et affiche un optimisme énergique. You’re never Weird on the Internet (Almost) parle avec honnêteté et humour d’une génération qui a grandi hors des sentiers battus grâce à Internet, déterminant elle-même ses héros (la rencontre de Felicia Day avec Nichelle Nichols de Star Trek est un grand moment) et ses règles (Youtube plutôt que les studios). C’est un témoignage vif et sans concession tout à fait agréable à lire.

Le 25 juin est sortie la réédition de mon premier roman Structura Maxima. A cette occasion, j’ai été interviewé sur le site d’ActuSF :

J’adore écrire sur les villes, sur les mégapoles, sur cette organisation de nos vies qui nous accorde une grande liberté et une grande solitude. Nous avons du mal à appréhender les changements dans une ville, parce que c’est plus souvent une agrégation de comportements individuels que de grands mouvements identifiables. Ce que montre ce roman, c’est que la véritable révolution, elle n’a pas forcément besoin d’un héros, ni de slogans, qu’elle peut se développer sous nos yeux, sans en avoir conscience.

Il n’y a pas encore de critiques de cette édition, mais on peut trouver les critiques parues à l’époque, par exemple sur le blog Mes Imaginaires :

On retrouve chez Olivier Paquet l’univers clos et quasi carcéral du Monde inverti de Christopher Priest : la Structure vit dans l’auto-enfermement et l’ignorance de l’ailleurs tenu pour inexistant ou sacrilège. Ce microcosme s’épuise et se délite faut d’énergie nouvelle, corseté qu’il est dans des structures sociales et psychologiques rigides. Le lecteur quant à lui suit Jehan de chaudières en poutrelles, plongé dans une moite vapeur qui ne saurait fléchir son attention tant est maîtrisé et prometteur ce grand premier roman.

Ou celle de Philippe Curval parue initialement dans le Magazine Littéraire :

Il fallait ambition, souplesse, puissance de style pour suggérer cet univers totalement factice issu d’une utopie futuriste dont les origines restent obscures. Olivier Paquet n’en manque pas. Le plaisir de lecture réside d’abord dans son habileté à traduire l’inexplicable. Son écriture fait preuve d’une élégante maîtrise pour nous introduire au cœur du mystère. Allusions, sensations, métaphores tissent lentement les mailles de ce monde fantasmatique.


Au moins de juin, est aussi sorti la traduction en italien de ma nouvelle « La Reine d’ambre » chez Future Fiction. La couverture avec une sorte de Joconde asiatique est superbe :

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D’autres auteurs français bénéficieront de cette porte d’entrée qui a vu des auteurs comme Ken Liu, Ian McDonald être eux aussi traduits.


Dans la même veine, j’ai participé au supplément So Vin du Figaro avec une nouvelle se déroulant en Bourgogne et intitulée Eclats de nuits. Texte plus court que d’habitude pour moi, mais j’ai eu beaucoup de plaisir à l’écrire.


Même si c’est la période des vacances, pas mal d’activité durant ces mois d’été. Mon nouveau roman Jardin d’hiver est parti en lecture chez mon éditeur, c’est le prochain gros morceau, mais les retours des proches me laissent assez serein.

 

Du 28 mai au 31 mai, je serai présent en tant qu’invité au festival des Imaginales à Epinal. Je participerai à plusieurs tables rondes et dédicacerai pendant les 4 jours :

Jeudi 28 mai 2015

20h30 — Songer au futur…

La science-fiction rêve à nouveau !
Avec Raphaël Granier de Cassagnac et Laurence Suhner
Lieu : Planétarium, MJC Belle-Etoile

Samedi 30 mai 2015

13h00 — Auteurs de science-fiction…

Créateurs d’univers !
Avec François Baranger, Camille Brissot et Laurent Whale
Lieu : Magic Mirrors 1

15h00 — Trolls & Licornes

L’anthologie du festival !
Avec Pierre Bordage, Lionel Davoust, Estelle Faye et Sylvie Miller
Lieu : Magic Mirrors 1

 

À cette occasion, je participe à l’anthologie du festival Trolls et Licorne dirigée par Jean-Claude Dunyach et publiée chez Mnemos. Mon texte s’intitule « Touellerezh » (illusion, tromperie, en breton) et se déroule en France vers le milieu du 14e siècle. Il s’agit d’une France où la magie est une science et l’illusion un art. Missionné par son seigneur, un jeune mage devra traverser la forêt en compagnie d’une femme appelée Licorne.

 

 

 

 


Je viens de terminer le premier jet de mon nouveau roman de science-fiction « Jardin d’hiver ». On se projette au XXIIe siècle, dans une Europe partagée entre des Ingénieurs et des terroristes écologistes divisés en factions de la Scandinavie jusqu’à l’Ukraine. On suit une bande de contrebandiers cosaques qui a récupéré un inconnu amnésique après une défaite du Consortium, tout cela les fera voyager entre les différentes forces de ce monde, à la découverte des nouvelles évolutions des machines et intelligences artificielles. Le premier jet fait environ 700 000 signes, il me reste encore beaucoup de travail autour.


Réédition de Structura Maxima, mon premier roman paru chez Flammarion en 2003. Il sort chez l’Atalante fin juin, mais devrait être disponible aux Futuriales le samedi 13 juin :

La structure est un univers vertigineux de poutrelles et de niveaux, où s’est développée une civilisation dont les racines se perdent dans la nuit des temps et qui a atteint son point de rupture. Entre la Vapeur, la communauté qui produit l’électricité à partir du magma, et les Poutrelles qui, au nom de leur dieu, interdisent l’ouverture du dôme recouvrant la cité, la guerre se prépare.

Dans cette atmosphère étouffante, Victor Mégare et son fils Jehan cherchent un destin différent. Victimes de la Vapeur et des Poutrelles, ils explorent les origines de cet antagonisme. Que protègent les Poutrelles derrière leurs interdits divins ? Quel but cherche à atteindre la Vapeur en encourageant la Structure tout entière à bouleverser les anciens équilibres ? Et où se trouvent les réponses ? Entre l’ombre et la lumière, dans la vapeur des chaudières et le gigantisme des poutrelles, ou bien derrière le décor, de l’autre côté de la paroi du dôme ?

 


Enfin, last but not least, à l’occasion de Vinexpo 2015 à Bordeaux, je participe avec d’autres auteurs (science-fiction et littérature générale) à un numéro spécial sur le vin dans le futur en 2050 voire 2115. J’ai choisi d’évoquer la Bourgogne et aussi de rappeler les liens historiques entre science-fiction française et les vignes. Sortie le 15 juin.

Trois bonnes et belles journées à la médiathèque de Meyzieu !

Tout d’abord, le temps était idéal pour un festival se tenant début mars. Soleil sans étouffer. La médiathèque se prêtait très bien à un salon de dédicaces et les auteurs pouvaient signer dans de bonnes conditions. L’affluence fut constante durant les trois jours, pas de creux trop sensible, signe que le rendez-vous était attendu et suscite de l’intérêt, même si ce n’est que la deuxième édition.

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Comme c’était pour moi le premier festival de l’année, Les Oniriques étaient l’occasion de retrouver les collègues et amis. Déjeuners très sympa avec Alain Grousset, Danielle Martinigol, Xavier Mauméjean, à discuter des histoires de famille en Bourgogne, façon Dallas. Extraordinaire restaurant japonais avec Jean-Claude Dunyach, dans une ambiance calme. Quelques verres avec Sylvie Lainé, Gilles Francescano, Jeanne-A Debats et quelques moments réjouissants, mêmes s’ils furent courts, avec Pierre Bordage, Jacques Baudou, Ayerdhal, Sara Doke. Je n’oublie pas non plus, les compagnons de table de dédicace, Valérie Simon et Jean-Luc Bizien, parce qu’un bon festival, c’est aussi se trouver en compagnie de personnes que l’on ne croise pas souvent et que l’on découvre à l’occasion d’un hasard de table. Si je cite autant de noms, c’est parce que, comme l’a noté Xavier Mauméjean, il y a un côté famille dans les festivals d’Imaginaire (avec tout ce que cela peut évoquer en bien et en moins bien, mais essentiellement en bien) et que Les Oniriques furent l’occasion de rappeler cet aspect communautaire des écrivains.

Une dernière mention aux organisateurs, notamment Fred Malvesin et aux modérateurs des deux tables rondes auxquelles j’ai participé : Julien Pouget et Sara Doke. Ce fut vraiment agréable.


Autre nouvelle, durant le festival, j’ai appris que je participerai à un autre événement : les Imaginales (28-31 mai) à Epinal. J’y présenterai notamment ma nouvelle pour l’anthologie du festival dont le thème est « Trolls et Licornes » et se déroule dans une Bretagne uchronique.