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Toutes les tables tondes des Utopiales  étant mises en ligne, j’en profite pour faire un récapitulatif de l’événement et rajouter quelques informations. Le festival s’est parfaitement déroulé, avec un public important (82 000 entrées) et une organisation parfaite. L’identité du festival, en favorisant le lien entre science et fiction, attire manifestement et de plus en plus. C’est réjouissant de voir cet attrait pour la science.

Pour dénicher le sujet de table ronde, ActuSF a présenté l’ensemble sur une seule page, bien pratique. Qu’ils en soient remerciés. Concernant les TR auxquelles j’ai participé ou que j’ai animées :

Lundi 31 octobre

Le kami du percolateur

La justice numérique

Mardi 1er octobre

Quand la machine surprotège l’homme

La machine peut-elle faire de la littérature ?

Eco-technologie en science-fiction ?

Mercredi 2 novembre

La machine qui lit

Pokemon Go

Ce qui n’a pas été enregistré, c’est la journée scolaire du jeudi. La rencontre avec les lycéens fut passionnante. J’étais interrogé sur une grande partie de mes livres, avec des questions portant à la fois sur le contenu mais aussi sur le processus créatif. La rencontre avait été très bien préparée par les enseignants et les élèves avaient lu dans le détail mes ouvrages. Je dois avouer que je n’ai pas souvent eu d’interview avec des questions aussi approfondies (certains journalistes ne prennent pas le temps de lire les ouvrages. Malheureusement, rares sont ceux qui arrivent à le cacher.), très loin d’être banales ou fourre-tout. J’ai vraiment apprécié ce moment d’échange. Les tables rondes font partie de l’habituel en salon, et si on les prépare un minimum, il y a peu de mauvaises surprises mais rarement de vrai enthousiasme tant on dispose de peu de temps pour développer un propos : il faut laisser la place aux autres intervenants. Ici, l’exercice était très différent et les lycéens ne sont pas là pour « vendre » l’auteur à un public, c’est pourquoi ce moment fut mon second préféré des Utopiales 2016


Car mon moment préféré fut l’annonce du prix Joël-Champetier décerné à une nouvelle d’un auteur francophone non-canadien en souvenir du nouvelliste et directeur de la revue Solaris, la plus ancienne revue de science-fiction francophone.

Soumettre un texte, sans thème imposé, en sachant que le jury se prononcerait sur des textes anonymisés, c’est un peu sauter dans l’inconnu, surtout quand il s’agit de la première édition. Impossible de deviner les attentes du jury. Quel texte envoyer ? J’ai déjà envoyé des textes à des revues (du temps de Galaxies, quand Jean-Claude Dunyach sévissait sur les textes d’auteurs français pour les faire progresser), j’ai envoyé des textes anonymisés pour des appel à texte thématiques (notamment pour l’anthologie Dimension Routes de légende, à paraître bientôt chez Rivière Blanche), mais là, je n’avais aucun point de référence. En plus, contrairement à beaucoup d’appel à textes qui passent sur les réseaux sociaux, où des tas d’auteurs débutants ou non, rendent compte jour par jour de l’évolution de leur texte, partageant leur angoisse de la deadline avec la Terre entière, ici, personne n’en parlait. Combien d’autres auteurs allaient soumettre ? Combien de pros, de débutants ?

Il y avait trop de questions pour s’occuper de trouver des réponses. J’avais écrit un texte en 2009, intitulé Graine de fer, sans savoir où je le soumettrais (j’ai quelques textes dans mes tiroirs qui attendent le support de publication adéquat, avis à ceux que ça intéresse). Il traitait d’un monde après une guerre européenne entre ingénieurs et écologistes, avec un informaticien tentant de débarrasser une jeune fille d’un virus s’étant emparé de ses jambes au point de les recouvrir d’écorce. On y éprouvait les traumatismes d’après-guerre, la difficulté de pardonner et ce qu’il fallait d’effort pour reconstruire. C’est aussi un texte sur le mensonge, celui d’une mère à sa fille, et de la nécessité de la vérité si celle-ci n’aide pas à vivre. Cet univers, j’ai fini par le développer dans Jardin d’hiver, qui raconte les événements se déroulant avant la nouvelle. Chaque texte peut se lire indépendamment mais les deux se répondent. Si bien qu’avec la sortie du roman, j’ai considéré que le prix Joël-Champetier était l’endroit idéal pour soumettre la nouvelle. Il était même convenu avec mon éditeur que si je n’avais pas le prix, on sortirait la nouvelle dans un tirage à part, ce qui réglait définitivement la question de la parution.

Quand j’ai appris qu’il y avait eu 54 textes soumis, ce fut un choc d’autant plus grand que d’être lauréat, surtout qu’il y avait Elisabeth Vonarburg dans le jury et qu’elle est connue pour ne pas être tendre. J’ai aussi été très ému de partager cela avec mon amie. Ce n’est pas évident de vivre avec un artiste, pour beaucoup de raisons, et jusque là, les circonstances ont fait que j’étais célibataire quand j’ai obtenu mes récompenses littéraires. Il y a les félicitations des amis, de la famille, mais vivre cette émotion aussi intense avec Audrey, c’était très différent. D’autant plus qu’elle avait apporté sa contribution au texte en le relisant et en suggérant des corrections. J’ai la chance qu’elle sache faire ce travail, qu’elle supporte ma grogne quand elle rature des choses (mais je finis par admettre, après plus ou moins de mauvaise foi de ma part). C’est précieux. Contrairement à l’idée reçue, plus on avance dans la carrière, moins on écrit seul : on écrit avec, en tête, toutes les recommandations, critiques, suggestions de ceux qui ont corrigés vos textes. L’expérience se sédimente de cette manière dans ce rapport entre ce qui a été dit et ce qu’on veut écrire. On s’apprend à travers les corrections des autres, à travers ce que l’on accepte et ce que l’on rejette. Le processus est sans fin.

Enfin, c’est un prix doté de 1000 euros qui récompense une nouvelle. On sait qu’en France, la nouvelle n’est pas un genre très populaire, pour tout un tas de raisons. Alors un prix qui met spécifiquement en avant un texte (et pas un recueil), c’est aussi l’occasion de mettre en avant les nouvellistes. J’ai commencé à publier des nouvelles, je continue d’en écrire et je trouve toujours autant de plaisir à le faire. J’espère que ce prix continuera de motiver les auteurs francophones et que les Utopiales trouveront comme avec la littérature jeunesse, un autre moyen de valoriser ces genres.

 

Interview réalisée pour le blog de la librairie Critic le 7 septembre 2012. Elle porte sur le Melkine, mais aussi sur les romans précédents.

http://blog.librairie-critic.fr/blog/Interview-N-1-Olivier-Paquet/

Extrait :

Pourquoi as-tu voulu écrire un vaste space-opera ? Que représente pour toi ce genre de SF ? Et as-tu des références dans le domaine ?

Plus qu’écrire un space-opéra, ce qui m’intéressait, c’était de partager ma fascination pour les étoiles, un sentiment de gamin, une nuit, quand on regarde le ciel. Ensuite, je veux surtout qu’on ressente que l’espace est un lieu, pas un décor. Le Melkine est un vaisseau-université, transportant des enfants et des adultes pour leur faire parcourir l’univers. C’est pas deux, mais six ans de vacances (les enseignements ne constituent pas l’essentiel du temps vécu sur le navire), avec la curiosité comme seul guide. Ces gens qui vivent dans l’espace sont différents, ils ont une autre vision du monde, une autre manière de regarder la vie sur une planète. Quand on quitte le navire, quand on devient un « ancien du Melkine« , ce n’est pas la fin du paradis, c’est intégrer une communauté de gens qui peuvent choisir leur existence dans un monde où le principe du conditionnement culturel (une programmation neuronale imposée au foetus) vous limite. Ce sont des gens qui n’ont pas d’arme, mais sont capables d’éveiller les individus qu’ils rencontrent, de développer leurs capacités pour qu’un jour, ils changent le monde. Quand je parlais des « anciens du Melkine » pendant l’écriture de la trilogie, mes amis me disaient « oh, tu devrais regarder Doctor Who« . C’est quand j’ai tout terminé que j’ai enfin vu la série et, même s’il y a de nombreuses différences, je pourrais dire que ces anciens élèves sont un peu des Time Lord à leur manière. Et ils doivent ça à l’espace.