Category: Les Fréquences


Instacom

« Rina mima une deuxième gifle près de la tempe de son ami : « Arrête. Si jamais les gens apprenaient que j’ai un cerveau, je pourrais plus voyager tranquille. Ça devient un outil dangereux de nos jours.

— Ça l’a toujours été.

— C’est devenu pire à cause de l’instacom. Je ressens une pression permanente. Les programmes des Fréquences sont partout, ils contaminent tous les conditionnements culturels, même les plus évolués technologiquement. Les gens sont perdus. Ils avaient des repères illusoires, et on les confronte au vide. Alors t’imagines bien que moi là-dedans, je fais figure d’extra-terrestre. On m’a même appelée Messie à une demi-année-lumière d’ici.

— Ça en dit long sur leur détresse. »

La technologie de communication instantanée par effet de spin a été mis au point par la Fréquence Banquise et donnée à l’Expansion. Toutes les Fréquences l’utilisent. Cette découverte à modifier la structure même des empires de communication interstellaire. Jusqu’alors, les limites de chacun se définissaient en fonction de leur sphère d’émission (le volume d’espace couvert par les vaisseaux-relais). Au-delà d’un certain nombre d’unités astronomique, le temps mis par chaque message pour arriver à son destinataire devenait trop important pour être utile. Avec l’instacom, cette limite est dépassée. Tout message est reçu par son destinataire à tout moment et sans limite de distance. C’est pourquoi on parle de Nuage pour désigner l’influence de chaque Fréquence. Il s’agit plus d’une masse de points, une configuration de relations entre les individus qu’un réseau que l’on peut parcourir d’un point à un autre.

Ceci explique que six ans après la mise au point de cette technologie, les Fréquences se sont lancées dans la guerre. Si Banquise s’est lancée dans le conflit par idéologie et volonté d’unification de l’humanité (à travers la diffusion et le partage de ses émissions), les autres Fréquences ont agi par réaction et armé leurs flottes pour ne pas être submergé par leur adversaire.

Pour différencier les Nuages, chaque Fréquence dispose d’une forme de code, une signature appelée Canal, et qui sécurise les communications. Détenir le Canal, signifie qu’une Fréquence peut se greffer sur un autre ensemble de relais d’instacom. Les Fréquences ont mis au point des stratégies différentes de protection des canaux.

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1- Le Repli.

« Le repli dans l’espace ralentit soudain. Lentement, l’endroit se mit à luire et à dégager un énorme pic d’énergie, faisant exploser les instruments. Depuis la salle de communication, les trois vieillards se contentèrent de modifier les filtres de la baie vitrée. Les écrans ne donnaient déjà plus d’information, signe que la plupart des capteurs étaient saturés. Pour le spectacle qui attendait l’équipage de la station, les yeux suffisaient.

(…)Le pic d’énergie resta constant pendant cinq minutes, jusqu’à ce que l’éclat au milieu du repli grossisse et forme une tache lumineuse de plusieurs kilomètres de longueur. Le spectroscope lâcha en dernier, juste au moment où un peu de cendre du cigare de Caleb tombait sur le sol.

(…)

De la tache éclatante, des proues de métal émergèrent, comme jaillissant d’une mer d’ivoire : sept navires planétaires emmenés par un fin vaisseau blanc, profilé comme une flèche, suivi par six croiseurs, couleur ténèbres, aux formes de torpilles.

Marvin salua ses adversaires en exhalant la fumée de son cigare. Caleb siffla d’admiration : « Il a quand même de la gueule, l’Esmeralda ! »

Les six croiseurs, à peine sortis de la tache, projetèrent un faisceau d’ondes électromagnétiques déphasées. Depuis leur station, les trois vétérans n’avaient plus aucun instrument pour le leur signaler. De toute manière, l’espace était devenu tellement encombré de signaux qu’aucune communication ne pouvait ressortir.

« Je ne vois aucun canon, ni aucun laser sur ces navires », remarqua Sam.

Marvin tira sur son cigare, un peu plus fort : « Ondes scalaires. » »

Les ingénieurs de Crépuscules ont exploité une découverte lancée 15 ans auparavant et permettant d’étendre certaines dimensions de l’univers. En les manipulant, la Fréquence n’a pas trouvé un moyen de rendre ses navires invisibles, mais de dissimuler les informations concernant la composition de ses flottes. Grâce à cette invention, Crépuscule a pu conquérir la quasi-totalité des planètes détenues par Canopée.

2- Unité Neumann

« Le gigantesque vaisseau cargo interstellaire ouvrit sa soute annexe, celle restée occupée après le départ de l’Esmeralda et de ses croiseurs noirs. Il en sortit une machine étrange, une sorte d’énorme diabolo dont les deux parties hémisphériques faisaient plusieurs centaines de mètres de diamètre. Au centre, un globe lumineux bleu pâle, hérissé de pointes, semblait palpiter. Doucement, l’engin s’éloigna du cargo et tourna sur son axe pour présenter l’une de ses faces vers le sol, des jets d’air déplacèrent l’ensemble par petits bonds. Puis tout se stabilisa.

La lumière au milieu des pointes passa du bleu au rouge violent et les deux hémisphères se séparèrent. Celui face au sol traversa la stratosphère en dégageant des gerbes de flammes, tandis que l’autre demeurait immobile. Pendant sa chute, le module laissait derrière lui une traîne de débris noirs qui ne brûlèrent pas. En fait, très rapidement, ces milliers de morceaux en suspension se recomposèrent et se combinèrent pour se transformer en un long fil, un agglomérat de nanotubes de carbone. Chaque particule comportait un programme qui définissait position et direction. Les éléments se rejoignaient en lançant des pseudopodes micrométriques. De proche en proche, un fin ruban se formait tout en accompagnant la chute du module. Au bout de 45 secondes, une pellicule de résine recouvrit le câble qui s’auto-générait, puis la partie haute s’éloigna de la planète, stoppant violemment la descente de celle du bas.

Sous le choc, le câble se brisa en milliards de micro-morceaux, mais la résine enveloppant l’ensemble empêcha les particules de se disperser dans l’atmosphère. Le module du bas reprit sa chute, pendant que celui du haut regagnait sa position de départ. Le déplacement dans le ciel était moins rapide, sans flammes ni feu, mais l’impact avec le sol promettait d’être violent. Dans l’intervalle, les nanotubes de carbone reprenaient leur recherche en suspension, glissant contre la résine pour retrouver un partenaire, établir des liaisons, s’unir en échangeant des atomes, jusqu’à ne former plus qu’un. Quand un minimum de cohésion fut atteint, l’hémisphère orbital refit le même écart, stoppant la chute dans un grand souffle d’air qui écarta les nuages tout autour en fines lamelles blanches. De nouveau, le câble se brisa, puis la descente reprit, moins rapide. »

Crépuscule a développé sa propre technologie de déploiement d’une unité Neumann, en larguant le bâtiment depuis l’espace. Cela lui permet, dans la foulée, de construire le câble qui servira de structure pour l’ascenseur spatial et l’astroport.

« À mesure que le processus s’emballait, le Cheik noir prenait possession de l’espace. Il marchait pour récupérer un éclat, établissait des structures provisoires dans un coin, puis les unissait à d’autres par un lien nouveau. Ses mains se couvraient de lumière, étincelaient. Ses doigts pianotaient si vite qu’il devenait impossible d’en suivre le mouvement. Tout en déambulant, il jouait avec des bulles et des sphères au creux de ses paumes. Il jonglait, tout en en modifiant les formes : cylindres, sabliers, tores. Entouré de sculptures miroitantes, il remodelait et ajoutait de nouveaux éléments.

À la fois danseur et sculpteur, l’homme aux mains d’étoiles se connectait à la totalité des relations humaines dont il avait connaissance. Il ne s’intéressait pas au contenu des échanges ­— le message n’avait aucune importance —, mais à l’extraordinaire constellation que les individus construisaient autour d’eux pour communiquer. Par quelle stratégie étrange certains si proches s’évitaient, alors qu’ils essayaient désespérément de joindre d’autres déjà noyés dans une masse de contacts ? Ismaël repérait les « soleils » et les « satellites », les « étoiles » et les « trous noirs », ceux qui irradiaient et ceux qui perdaient les gens approchant d’eux. Ils étaient forts, faibles, fragiles et sublimes. Impossible de les juger — aucune relation n’a de modèle à atteindre —, juste cette sensation avide, ce besoin de voir ce qui est toujours obscur. Lever le voile sur la matière même de notre humanité, et en rendre compte, en construire une trace.

Ismaël finit par retrouver le centre du Nuage, positionné au milieu de ses sculptures. Il jeta un regard autour de lui, vit même son reflet déformé dans certaines masses. Aussi dispersés soient les individus de Crépuscule, ils tenaient dans ces configurations lumineuses produites par des faisceaux à particules. S’il posait sa main sur l’une d’elles, il pouvait espionner toutes les conversations, ou bien en modifier les éléments, trahir des secrets en libérant ce qui était tu, isoler ce qui avait besoin de contacts, créer des conflits, en apaiser d’autres. Il avait ce pouvoir. Tous les maîtres des Fréquences l’avaient. Ismaël ignorait le choix des autres, il n’espérait aucune leçon d’éthique de Banquise, mais il trouvait encore plus prodigieux de ne pas utiliser cette possibilité. Parce qu’il y avait plus de gloire à se maîtriser qu’à maîtriser les autres. Ismaël aimait cette sensation de puissance, et elle reposait sur l’absence d’intervention. Il ne serait jamais loué pour cela, on le soupçonnerait toujours, mais lui saurait la vérité et rien ne pourrait la lui enlever.

Plus aucune nouvelle goutte n’apparut dans la chambre.

Ismaël avait repris sa position de départ, mais il levait la tête vers le globe au-dessus de lui. Il attendait son moment préféré, ultime. Celui qui le submergerait. Si le façonnage représentait un acte intellectuel du corps, la stabilisation était un acte sensuel du cerveau. L’exact opposé. Un déchaînement. »

La communication instantanée a rendu inutile la gestion de relais de communication, car il n’y a plus de chemin : toute information est transmise dans l’instant à tout individu présent. Aussi, le travail d’une Fréquence, c’est de s’assurer que les messages sont partagés entre les personnes qui le désirent. Ce processus est appelé « façonnage » et consiste à composer des structures d’individus en fonction de leurs interactions. Ainsi, des amateurs d’un groupe de musique sont mis en contacts et peuvent partager des nouvelles ou des avis. Un même individu peut appartenir à plusieurs structures selon ses centres d’intérêts et chaque structure peut être composée de sous-groupes en fonction du degré d’intimité.

La gestion des relations ne peut s’effectuer en temps réel (il n’y a pas de chemin à barrer, les individus sont transparents les uns aux autres) et c’est pourquoi, à intervalles réguliers, il faut mettre à jour le Nuage. Chaque Fréquence a ses propres règles d’interprétation, sa propre identité, ce qui constitue les fondements de son Canal, la clé qui permet d’accéder au Nuage.

L’Ecuyère

Ce personnage est né bien avant le Melkine, puisque j’en avais l’idée à la sortie de l’album Albion de William Sheller (1994). Il a fallu près de 10 ans pour que je l’intègre à un récit.

La poursuite quitta le Monsieur Loyal et entoura une jeune femme tout entière recouverte de métal. Malgré les motifs colorés parcourant son corps, le brillant de l’acier ne trompait pas. Seule la tête paraissait faite de chair. Le maquillage outrancier soulignait des yeux joyeux sur un visage élégant et fin. Il ne s’agissait pas d’un automate, mais bien d’un être humain. Même à distance, Ismaël sentait que l’Écuyère vivait. Le reste du corps resplendissait de perfection métallique : articulations invisibles, imitation de la forme des muscles, souplesse du torse. Quand l’Écuyère s’avança vers le présentateur, ses pas ne trahirent aucune origine mécanique. Au contraire, elle inspirait une sensation de légèreté sans équivalent. La jeune femme représentait l’aboutissement de la technologie cybernétique. Du coup, le défi attendu par les spectateurs paraissait beaucoup plus équilibré.

« Eh oui mesdames et messieurs, reprit le Monsieur Loyal. L’Écuyère va accomplir l’exploit que vous désirez tous. Elle va se hisser entre les deux statues pour atteindre une plate-forme située à 40 mètres de hauteur – ne cherchez pas, vous ne pouvez la voir d’ici – et sans l’aide de corde ou de tout autre moyen artificiel. »

Il fit une pause, et baissa d’un ton, comme s’il s’agissait d’une confidence : « Et là, vous vous dites : mais c’est trop facile, avec ses prothèses. Et c’est là que l’on a inventé le bouton, ton ton ! »

D’un geste de la main, il aplatit son haut de forme.

Aussitôt, les multiples bras des statues se mirent en mouvement dans un grincement strident. À droite, à gauche, haut, bas, en diagonale, les lames brillaient en bougeant. Le bruit des moteurs se tut, et seul le grondement de l’air cisaillé s’échappa de la piste. Les déesses attendaient leur adversaire.

Naissance

Après de nombreux albums piano-orchestre, William Sheller avait délibérément choisi de réaliser un album rock. Le dernier morceau « Relâche » évoque le cirque, mais dans une version plutôt angoissante : (Je n’ai pas trouvé la version originale du morceau, mais on trouve la version orchestre de 2005)

Les paroles créent une petite histoire qu’on imagine sombre, entre une écuyère et un amoureux déçu et suggère un cirque étrange où une chute pourrait être mortelle. A l’origine, j’avais imaginé une piste qui montait dans les airs. Dans l’univers du Melkine, cela s’est transformé en ce duo de statues armées d’épées, et l’Écuyère, au lieu de monter à cheval, jouait les acrobates (les paroles évoquent « où le pied se pose »). J’aime bien cet exemple des modifications autour d’une inspiration. L’ossature est toujours présente, mais la forme s’est modelée pour s’adapter au monde et au récit. Je n’imagine pas qu’un lecteur puisse, sans qu’on lui dise, retrouver la référence. Francis Berthelot parle du coffre à jouet dans lequel un auteur puise, ce qui est une assez bonne image. On joue au lego, on transforme, démonte, remonte, en utilisant tout ce qui est à portée… de musique.

Magma

Plus ancienne Fréquence de l’Expansion. Sa réputation est bonne, et les conditions de vie, sans être aussi confortables que celles offertes par Banquise, sont tolérables. Il règne une ambiance de calme et de sérénité dans cette Fréquence. Sa principale activité est concentrée sur les échanges de messages et beaucoup moins sur la diffusion de programmes. Elle tolère un certain anarchisme dans ce domaine et se borne à faire respecter les conditionnements culturels.

Le dirigeant de la Fréquence se nomme Encelade, aussi appelé le Comte rouge.

Son CentraCom est le Vésuve.

CentraCom de Crépuscule.

Son inspiration graphique est issue du Brünhild, navire amiral de Reinhard von Lohengramm, personnage de la série d’animation « Les Héros de la Galaxie »

 

 

Crépuscule

Dernière Fréquence créée dans l’Expansion. Son dirigeant est appelé le Cheikh Noir.

Peu d’informations à ce jour.

Inspiration graphique du personnage.

Personnage du Maestro Delphine Elaclaire dans la série d’animation Last EXILE (Gonzo, 2003)

J’en ai gardé l’idée d’un vêtement enveloppant le corps, certains éléments de maquillage et une attitude générale orgueilleuse. Il faut imaginer la même chose, mais en blanc et bleu, avec une parure dans les cheveux.

Banquise

De toutes les Fréquences de l’Expansion, Banquise est la plus vaste et la plus puissante.

Elle est née au début des colonisations, quand l’humanité s’habituait à peine à ses nouvelles conditions, lorsqu’il ne fallait pas grand chose pour lancer un empire de communication.

Banquise, c’est avant tout sa dirigeante, Azuréa, qui se fait appeler Technoprophète, et proclame partout qu’elle veut changer le destin des humains, les libérer de leur conditionnement culturel. Alors que tous ceux en charge des Fréquences laissent leur place à des successeurs, Azuréa commande depuis près de 300 ans. Prolongeant son existence par tous les moyens technologiques à sa disposition, elle défend ses idées et ses intérêts avec une rage sans équivalent.

Qui se souvient que cette femme fut une Transparente quand elle était adolescente ? Qui se souvient qu’elle n’avait pas vingt ans quand elle conquit l’espace ?

Il se murmure que depuis des années, elle ne quitte plus la Chambre d’ivoire à bord du Turandot, son navire centre de communication. Elle y prépare un nouveau grand coup, un mouvement si marquant qu’il devrait changer l’avenir de l’Expansion.