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Les critiques arrivent régulièrement, en voici une de Déborah Gay sur le site daily mars :

Jardin d’hiver est donc un roman palpitant, qui emprunte à d’autres œuvres tout en gardant une poésie propre, et très bien mis en valeur par une couverture réalisée par Aurélien Police. Un moment de légèreté, qui offre un peu d’originalité, et une note parfois steampunk dans sa description des villes.


J’avais évoqué la rentrée des auteurs à Lyon organisée par l’Arald, et il est temps d’en faire un compte-rendu.

Le 12 septembre à Villeurbanne, nous étions 12 auteurs interviewés par Danielle Maurel. Je me suis retrouvé en compagnie de Dominique Douay (auteur de Brume de cendres, paru aux Moutons électriques). Le public était constitué de libraires, bibliothécaires, blogueurs et organisateurs de manifestations littéraires, ce qui formait une foule importante venue nous écouter.

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Dominique Douay, Danielle Maurel et moi. Photo prise par l’Arald

Ce qui fut tout de suite agréable, pour les deux seuls auteurs de SF que nous étions, c’est que jamais nous n’eûmes l’impression de devoir nous excuser d’écrire de la science-fiction. On a parlé de nos livres, de leur contenu, de ce que nous voulions montrer. La journaliste avait parfaitement compris la démarche de chaque écrivain, même si nous étions tous très différents et cela a rendu l’exercice très naturel.

Lors du buffet qui a suivi, Dominique et moi avons eu une intéressante conversation avec Alexis Jenni (Prix Goncourt en 2011 pour l’Art de la guerre) qui était un ancien grand dévoreur de romans de science-fiction et constatant sa disparition (médiatique). C’est un constat qui se répète dans ce genre d’occasion, on trouve un bon nombre d’anciens lecteurs de SF, qui en ont souvent lu des grandes quantités et qui éprouvent le sentiment que ce genre n’existe plus. Je n’ai pas la réponse à ce problème, mais comme il est récurrent, il doit sans doute expliquer pas mal de choses sur l’absence de la SF sur la scène médiatique.

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Le public au TNP de Villeurbanne. Photo prise par l’Arald.

Le 22 septembre, nous avons répété l’exercice, avec 9 auteurs, en nous rendant à Montbrison, devant un certain nombre de bibliothécaires du réseau du département de la Loire. Cette fois, chaque auteur était présenté individuellement et devait lire un passage de son ouvrage. L’exercice n’est pas évident parce qu’il demande de choisir un passage qui a du sens, isolé, et de lire en prenant son temps. Peu importe si nous étions bons ou médiocres, l’un des auteurs, Julien d’Abrigeon (Sombres aux abords chez Quidam) a éclipsé tout le monde avec un passage où l’on sentait que son écriture était faite pour être déclamée par le poète qu’il est. Même si la question du rythme et de la sonorité des phrases constitue une partie importante de mon travail, je n’irai jamais vers cette radicalité-là, toutefois je reconnais le talent aussi bien dans le texte que dans l’interprétation.

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Rencontre avec les auteurs à Montbrison. Photo prise par l’Arald.

Pour ma part, j’ai été heureux d’être interrogé sur la place des femmes dans Jardin d’hiver. Comme l’a noté la booktubeuse The Bookish Nerd, ce sont les personnages les plus importants du roman, et j’apprécie que ce soit repéré. Lors de la présentation à Montbrison, j’ai rappelé le test de Bechdel, qui insiste sur la nécessité d’avoir deux personnages féminins qui sont dans un dialogue sans que le sujet de la conversation porte sur un personnage masculin. J’aime bien ce test, car il n’implique pas d’avoir une position sur l’identité féminine ou masculine, mais de considérer les protagonistes que comme des personnages et pas comme les porte-parole de leur sexe. Mes personnages féminins ont leurs propres motivations, qui ne peuvent se réduire à séduire un partenaire masculin, tout en tenant compte du contexte de la société.

Il n’est pas si difficile que ça de se mettre dans la peau d’une femme, il suffit de la traiter comme n’importe quel personnage, de se poser les mêmes questions qu’avec un homme. Peut-être qu’elle réagira différemment, mais cela doit venir de la situation, de sa propre histoire, et non pas de considérations sur ce qui est légitime ou pas de faire pour une femme.

Demain 12 septembre, je participe aux rencontres organisées par l’Arald à l’occasion de la rentrée littéraire. Devant des professionnels (libraires, bibliothécaires, journalistes), nous serons 12 auteurs qui parlerons de nos ouvrages. J’y serai en compagnie de Dominique Douay (Brume de cendres, aux Moutons électriques) pour la science-fiction, mais aussi avec des écrivains de blanche comme Alexis Jenni (prix Goncourt 2011 pour l’Art français de la guerre). L’événement se déroulera au TNP de Villeurbanne et je trouve agréable ce sentiment de participer à la « rentrée littéraire » en même temps que des auteurs publiés par Stock ou POL, sans distinction.

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Concernant Jardin d’hiver, le roman poursuit sa vie chez les libraires et les lecteurs. La magnifique couverture d’Aurélien Police a été sélectionnée parmi les couvertures de la semaine sur le site de la librairie Mollat à Bordeaux. C’est un vrai honneur, parmi toutes les couvertures des étals.

Certains critiques vous suivent à chaque sortie et c’est toujours un plaisir quand ils apprécient votre dernier roman, c’est le cas de Blackwolf de blog-o-livre :

Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre. L’auteur nous propose ainsi un roman d’aventures qui, dès le premier chapitre, a réussi me happer, offrant ainsi un récit vivant, sans véritable temps mort, énergique. Entre rebondissement, retournements de situations et surprises, le rythme du récit s’avère efficace et entrainant et je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus concernant cette intrigue complexe, dense et pleine de manipulations. Il arrive aussi, entre des phases plus nerveuses, à poser efficacement son récit et ses réflexions.

Une nouveauté pour moi, mon livre a été chroniqué par une booktubeuse. Ces critiques de livres par youtube sont une nouvelle manière de faire connaître des ouvrages et se développe depuis quelques années pour devenir un média essentiel dans la promotion des littératures, surtout lorsqu’elles n’ont pas de relais dans la presse généraliste. Ici, j’ai été impressionné par la qualité de l’analyse de The Bookish Nerd, qui chronique Jardin d’hiver en approfondissant aussi bien les aspects de forme que de fond pendant près d’un quart d’heure. En tant qu’auteur, j’ai été ravi d’un tel travail et je vous invite à suivre cette personne pour découvrir de nouveaux livres.

 

C’est demain que sort mon nouveau roman à l’Atalante, Jardin d’hiver, avec une superbe couverture d’Aurélien Police.

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Résumé : « Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé « le crime du siècle ». Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes.
La Tchaïka, que pilote Natalia, abrite une bande de cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les combats et dont la philosophie se résume à cette maxime : « Nous sommes des contrebandiers, des gens qui refusent d’appartenir à un camp au nom de notre choix d’emmerder le monde. »
Un soir, sur un champ de bataille, ils tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte leur fera traverser l’Europe à la recherche du passé de l’homme qu’ils ont accueilli et des germes du futur. »

Une première critique est déjà sortie, par Célindanaé, sur le blog Au pays des cave trolls :

L’écriture d’Oliver Paquet est très riche et fluide et apporte beaucoup à l’ambiance du roman. Le roman se lit très bien et est bien rythmé. Les personnages du roman sont nombreux mais l’histoire se concentre surtout sur Laurée et Mathieu. Ces deux personnages sont à la fois complexes et attachants. Ils ne ressemblent pas vraiment aux personnages habituels du genre et on apprend leur histoire au fur et à mesure. La relation entre ces deux personnages est également très intéressante et constitue pour moi un des gros points forts du récit. On vibre et on s’inquiète pour ces héros et l’auteur ne tombe jamais dans le romantisme.

Le roman est annoncé pour le jeudi 25 août, mais on peut déjà le trouver à la librairie Bédéciné à Toulouse. Allez rendre visite à Cathy Martin de ma part, elle est d’excellent conseil.


Je participerai à la 43e Convention de science-fiction qui se déroulera à Gradignan du 25 au 28 août 2016 au Château de Moulerens, en compagnie d’auteurs comme Jean-Claude Dunyach, Laurent Genefort ou Pierre Bordage. Même si je n’y viens pas en tant qu’invité, l’organisation de la Convention m’a donné  une place dans le programme, le samedi 27 août à 11h pour présenter Jardin d’hiver au public présent. J’avais prévu de venir à la Convention avant de connaître la date de sortie du roman, mais la coïncidence est heureuse. Rendez-vous à la fin du mois aux amateurs de science-fiction.

J’avais déjà eu l’occasion en octobre dernier de participer à ce festival dont le seul inconvénient était des dates proches des Utopiales, mais AOA production a décalé pour que tout se déroule en mai. Cette fois-ci, la science-fiction britannique est à l’honneur avec des noms aussi prestigieux que Christopher Priest, Alaistair Reynolds, Peter F. Hamilton et Paul J. McAuley. On y rencontrera aussi des francophones qui se trouvent faire partie de mes amis, tels Sara Doke et Jean-Claude Dunyach. Même si je n’interviendrai pas dans les tables rondes de ce week-end, je serai présent sur le lieu du festival à l’amphithéâtre Charles Mérieux (46 allée d’Italie, 69007 Lyon), l’entrée sera libre.

Cependant, je compte bien assister à deux événements lors du festival des Intergalactiques :

  1. La Cantina Contre-Attaque qui transformera le Ninkasi Gerland en bar extra-terrestre à partir de 18h30.
  2. L’Intergalactique Tea Party, un moment très anglais à la Bibliothèque de la Part-Dieu, sur la Terrasse au 4ème étage, en compagnie de Christopher Priest, Alastair Reynolds, Peter F. Hamilton, Paul J. McAuley et Jean-Claude Dunyach pour parler science-fiction dès 16h.

Au plaisir de s’y retrouver !

Une nouvelle fois, je vois passer l’analogie entre l’écrivain et l’interprète qui doit faire ses gammes. On pourrait penser que cette image est pertinente, mais pas du tout, pire, elle est le contraire de la pratique.

Pourquoi un musicien doit-il faire ses gammes (ou un danseur doit répéter des exercices, mais ça marche pour toute pratique physique) ? Il faut répéter pour habituer le corps, le pousser, afin de laisser la place à ce qui est l’essentiel : l’interprétation, la personnalité. Ce qui différencie Glenn Gould d’un élève de conservatoire, c’est que le premier n’a plus qu’à se consacrer à l’interprétation, tandis que l’autre doit exercer ses doigts, son oreille et ainsi de suite.
Quel est le rapport avec l’écriture ? Aucun. Il n’existe aucun exercice de base à répéter pour devenir « meilleur ». On peut réécrire 100 fois une même description, cela n’aidera pas à rendre la suivante plus précise. On peut écrire le même dialogue 1000 fois, que ça ne rendra pas le dialogue suivant plus naturel. En définitive, chaque nouveau texte représente (ou devrait représenter, soyons prudent) un défi différent, un saut dans l’inconnu et chaque auteur vit cela avec des angoisses différentes selon son degré de confiance. Des écrivains expérimentés vous diront qu’ils ont l’impression de repartir totalement à zéro avec chaque texte. Très rares sont ceux qui peuvent démarrer un roman en se disant qu’ils vont tout maîtriser parce qu’ils ont tous les outils en main. Je dirais que chaque texte, chaque roman exige que l’auteur façonne ses propres outils adaptés et qu’il apprend à les maîtriser pendant l’écriture, pas avant. Il n’y a pas de phase de test avant les choses sérieuses.
Dans ces conditions, s’il n’existe pas de « gammes » pour l’écrivain, à quoi servent les ateliers d’écriture ? Pour en faire depuis bientôt 12 ans, je dirais que leur vertu principale est d’ouvrir le registre, de se confronter à des choses différentes, précisément de sortir de la répétition, des habitudes. Quand un participant me dit « est-ce qu’on a le droit de faire ça ? », je réponds toujours « faites, mais faites-le sans compromis ». Certains exercices que je propose peuvent être « ratés » et instructifs. Ne pas les réussir permet d’apprendre sur soi, pas comme la manifestation d’une faiblesse, mais comme l’expression d’une voix.

C’est aussi pour ça que je n’aime pas l’analogie avec les interprètes, parce qu’elle fait du ratage une faute à effacer par la « bonne » pratique, alors que le ratage apprend sur notre personnalité d’auteur, sur les mécanismes inconscients, jusqu’à trouver sa propre manière d’écrire, qui ne correspondra sans doute pas aux canons des manuels d’écriture, ni aux meilleures pratiques pour raconter une histoire. Les écrivains ne sont pas des interprètes, ils ne servent pas un compositeur ou un chorégraphe, ils sont leurs propres maîtres, avec tout ce que cela peut avoir d’angoissant et de fragile. C’est leur personnalité qui fournit le guide pour faire avancer la pratique, pas l’inverse.
En définitive, les seules « gammes » sont en rapport avec la langue, pas avec l’écriture, tout le monde les pratique à l’école, en français, pour parvenir à maîtriser la grammaire, l’orthographe et la syntaxe, et les cancres peuvent témoigner de la douleur engendrée par les fautes, eux à qui on demande de devenir les interprètes d’une langue dont les règles leur échappent. Cela n’a pas empêché Daniel Pennac de devenir romancier.

Du travail du manuscrit…

Je vais envoyer demain la seconde version du manuscrit de « Jardin d’hiver » à mon éditeur, et ça m’a amené à quelques réflexions sur ce qu’on entend par « travail du texte », surtout quand le roman est accepté et que l’on discute de l’amélioration pour la publication.

Tout d’abord, contrairement à une idée assez répandue sur les sites de conseils d’écriture, le premier jet d’un auteur « pro » ou expérimenté (pour faire simple) n’est pas pourri ou nul. Quand on écrit plusieurs semaines, plusieurs mois une histoire, ce n’est pas juste pour aligner des mots au hasard et obtenir un résultat illisible. On s’engage, on s’amuse, chaque auteur a son propre terme, mais il ne part pas du principe que le premier jet est bon à jeter.

Non, ce qu’un auteur obtient quand il termine son premier jet, c’est un manuscrit « brut ». L’art brut est de l’art, pas l’art pourri. On obtient une matière que j’aime qualifier de vivante, parce qu’on peut la manipuler, l’orienter dans un certain nombre de directions : modifier l’ordre des séquences, faire apparaître ou disparaître des personnages, changer la signification d’un dialogue. Il y a du plaisir dans l’écriture du premier jet, et aussi dans la réécriture. On va découvrir dans cette matière des aspects qui nous paraissaient flous avant d’entamer la première phrase du roman (ou de la nouvelle). La réécriture plonge le texte brut dans un bain révélateur, accentuant les contrastes, soulignant les effets. Tout est possible. On s’éloigne du processus initial, on cherche autre chose.

Étonnement, surprise, perplexité, voilà tout ce qu’on attend de la réécriture. On attaque le texte par un autre versant.

Enfin, quand la première révision est terminée, on passe au polissage. Voilà encore une  phase étrange. Certes, il y a une part mécanique (vérification orthographique/grammaticale, chasse aux répétitions, limitation des verbes ternes et des cascades de compléments), mais l’essentiel ne se situe pas là. A partir d’un moment, on se connaît, on entend « sa » phrase, on a défini ses propres critères, sa propre grille. La part d’étrange, c’est que je serais bien incapable d’expliciter cette grille, je ressens sa présence, je constate qu’elle me guide, mais d’où vient-elle ? On ne la trouve pas dans les manuels d’écriture, ni dans les ateliers ; elle peut évoluer au fil des ans, après chaque texte. Même en sachant qu’elle résulte de notre volonté, on s’y soumet, plus ou moins de bon cœur.

Après tout cela, quand toutes ces étapes vivantes ont été franchies, quand le manuscrit est passé du brut au finalisé, j’ai le sentiment que le texte est mort pour moi. On pourrait évoquer le deuil, mais, après réflexion, ce processus était enrichissant, contradictoire, éreintant mais procurant du plaisir, rien à voir avec le drame. Pourtant, il arrive un moment où le texte se fige à mes yeux, où il perd de son intérêt en tant que matière, pour vivre chez des lecteurs. Comme toute cette transmission me semble toujours étrange ! Elle a une part de mystère irréductible qui fait le charme de la chose.

Lors des dernières Utopiales, j’ai pu présenter mon prochain roman à paraître chez l’Atalante (pour le deuxième semestre 2016) et qui s’intitule Jardin d’hiver.

Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé « le crime du siècle ». Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes. L’histoire tourne autour d’une bande de contrebandiers cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les batailles et qui tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte les fera traverser l’Europe à la recherche du passé et des germes du futur.

Ce roman est parti de plusieurs envies. La première, c’est d’inventer une Europe du futur, totalement recomposée et dont la manifestation la plus pure est incarnée par un nouveau Paris. La capitale n’est plus une ville musée, mais une ville de grandes tours, d’arrondissements suspendus et de métros aériens. Je me suis aidé pour cela de l’exposition Revoir Paris, réalisée à partir de la bande-dessinée de Schuiten et Peeters et retraçant tous les projets de reconstruction de la ville à partir du 19e siècle.

Ensuite, j’ai voulu changer de perspective sur la question du rapport aux machines. Il devient de plus en plus cliché d’accuser l’informatique de transformer l’humain, de le soumettre et de le déformer. Dans le monde de Jardin d’hiver, les machines sont les seules entités dignes de confiance, les humains ne cessant de mentir, trahir, jouer la comédie pour servir leurs intérêts. J’ai tenté d’explorer toutes les symbioses possibles entre nature et mécanique, avec tout ce que cela implique.

Enfin, pour la première fois dans un roman, j’ai vraiment créé un personnage d’Intelligence artificielle. Comme dans ma nouvelle « la Reine d’Ambre », mon IA appelée Sublime n’a pas de langage et a développé une communication fondée sur la sensualité et la sensibilité. Sa puissance se dévoile au fur et à mesure du roman et j’aime bien le résultat.

D’un point de vue général, c’est un roman sur le pardon, élément essentiel pour un conflit qui va se terminer, avec tous les sacrifices que cela entraîne. Après, attendez-vous à de grosses scènes d’action, des armes aux capacités « un peu » excessives, et des personnages tout à fait héroïques. Jardin d’hiver est un grand opéra dont l’Europe est le décor.

Encore une belle édition que cette année, avec plus de 65 000 visiteurs à Nantes pour célébrer la science-fiction. Je ne suis pas resté assez longtemps pour avoir le temps de profiter de toutes les conférences et activités disponibles, mais le beau temps  n’a pas dissuadé le public de s’enfermer dans la Cité des Congrès.

Conférence sur la scène Shayol (photo ActuSF)

Ma première journée s’est répartie en trois événements :

  • Discussion avec mon éditrice au sujet de mon prochain roman qui s’intitule Jardin d’hiver. Plus d’informations à venir, mais la sortie est programmée pour le second semestre 2016.
  • Après un court passage par l’infirmerie (oui, les Utopiales, c’est dangereux), une interview croisée avec Jeanne-A Debats pour Imaj’nère (diffusion à venir sur Radio G. Moment sympa et détendu, même si je n’ai pas pu prolonger l’après-interview comme j’aurais aimé. Petit moment de stress au moment où on me demande de choisir une musique : j’écoute si souvent de la musique en écrivant que ne sélectionner qu’un morceau est une torture. Heureusement, Jeanne m’a soumis une piste et j’ai pu répondre.
  • Remise du prix Julia Verlanger et séquence-souvenir pour Ayerdhal. Le moment était délicat. Il était impensable de ne pas évoquer la disparition de cet auteur et pourtant, il s’agissait d’honorer un roman paru cette année. Par respect pour la présidente du prix, Sara Doke, il ne fallait pas que l’hommage phagocyte l’événement. Gilles Francescano a parfaitement su trouver les mots, les anecdotes pour parler de Yal, tandis que Pierre Bordage a lu le début de Transparences, Norman Spinrad est aussi intervenu pour évoquer la science-fiction française à cette occasion. Je trouve très bien qu’Ugo Bellagamba, directeur artistique du festival, fut présent autant pour marquer le décès d’Ayerdhal que pour souligner l’importance du prix Julia Verlanger. Cela donnait un bon équilibre à l’ensemble. J’ai lu des extraits des ouvrages sélectionnés, et notamment un passage de L’adjacent de Christopher Priest. Outre qu’il s’agit d’un très grand auteur de la science-fiction, j’ai une petite histoire avec Christopher au sujet des prix. Lors des Utopiales 2002, j’étais assis à côté de lui dans la grande salle de cinéma pour la remise du Grand Prix de l’Imaginaire et nous gérions notre stress, chacun à notre façon, avant de monter sur scène. Bien des années plus tard, à Epinal, il me reparlera de ce moment. Aussi, je me suis retrouvé très honoré de lui passer l’accolade lorsqu’il reçut un prix spécial du jury. J’aime l’idée que les auteurs ont des connexions spéciales entre eux, faites de hasard, qui n’ont rien à voir avec le prestige mais plutôt au fait d’appartenir à une sorte de famille, au sens large du terme. Me trouver dans la même famille que Priest, c’est génial. Tout autant que se trouver dans la même famille que Laurent Genefort, lauréat 2015 du prix Julia Verlanger. Même après une carrière aussi longue, Laurent mérite qu’on célèbre encore son talent, sa passion pour la science-fiction. Il fait partie des conteurs, des inventeurs de mondes, et j’apprécie tout particulièrement d’avoir transmis le prix à quelqu’un qui, humainement, est tout aussi remarquable.

Photo ActuSF

Le lendemain commença plus rudement avec une partie « travail ». Mon éditeur, l’Atalante, organise des réunions entre auteurs, libraires, représentants et bibliothécaires pour parler des projets des uns et des autres pour l’année à venir. C’est assez informel, c’est TÔT, à l’aune d’un festival, mais l’occasion est belle pour avoir le temps de présenter les futures publications. Je ne peux rien dire pour les camarades, histoire qu’ils puissent réserver des surprises, mais j’ai pu annoncer la sortie au second semestre 2016 de Jardin d’hiver, mon prochain roman. Je ne vais pas détailler car je le ferai dans un autre post.

Samedi après-midi fut entièrement consacré aux tables rondes et dédicaces. La première, consacrée aux faux-semblant du politique, permit de parler du pouvoir en compagnie de scénaristes/auteurs de BD. Elle se déroula aisément et dans une bonne ambiance, la confrontation avec des non-écrivains étant très intéressante de mon point de vue. Je n’ai pas pu m’empêcher d’évoquer le fait que si la bande dessinée politique apparaît vraiment avec la revue Métal Hurlant dans les années 70, elle apparaît dans les mangas dès les années 50-60. Il aurait fallu plus de temps pour expliquer cette différence, qui tient plus au contexte éditorial qu’à un vrai choix des auteurs dans le cas francophone.

La seconde table ronde fut beaucoup plus problématique à mon goût. Elle traitait de la question de la société de surveillance et des dystopies, en compagnie de Catherine Dufour, Alain Damasio, Jake Raynal et Jean-Marc Ligny. Le public sur la scène Hetzel s’était beaucoup mobilisé, preuve que le sujet est très sensible. Tant mieux. En revanche, j’ai trouvé très perturbant que les propos d’Alain Damasio soient systématiquement applaudis (et ceux de Catherine, dans une moindre mesure). Je n’ai rien à reprocher à Alain et Catherine, tous les deux très sympathiques et impliqués dans leurs propos. Sauf que cette ambiance, très différente de toutes les autres, transformait la table ronde en un meeting sans que l’on sache très bien d’où ça venait. Parfois, j’ai eu le sentiment qu’un mot de trop pouvait faire déraper. J’aime bien pouvoir rebondir sur les propos tenus par les autres intervenants en conférence, pour mieux comprendre ou pour instaurer un dialogue, et je sais que la plupart des modérateurs apprécient cela. Ici, j’ai limité autant que possible, et je trouvais bizarre d’avoir l’impression de monologues plutôt que de table ronde. Je n’ai aucune idée du résultat (certes, on trouve toujours des gens pour apprécier les interventions de chacun, mais vu le nombre de personnes ayant assisté, leur proportion reste inconnue), mais je n’aimerais pas renouveler l’expérience de vivre une tribune politique où la discussion a un côté factice du fait des réactions du public. C’est physiquement qu’on sent le malaise, alors même qu’intellectuellement le cerveau fonctionne toujours.

Le dernier jour du festival fut l’occasion d’apprécier l’atmosphère printanière de Nantes ce 1er novembre, de rencontrer l’auteur Francesco Verso, éditeur numérique de la version italienne de la « Reine d’Ambre » et de dire au revoir à tous, notamment aux bénévoles qui font un travail remarquable et se démènent pour rendre la vie facile aux auteurs. Mes remerciements finaux à l’équipe du festival, Marie Masson, Roland Lehoucq et Ugo Bellagamba, qui ont su trouver la formule pour attirer du monde. A propos d’Ugo, ce dernier vient d’annoncer qu’il avait présidé à ses dernières Utopiales en tant que directeur artistique, dans un texte très beau et très élégant. Avec ce côté « gentleman » qui le caractérise, il reconnait des erreurs et des fautes, mais pour l’auteur que je suis, invité au cours des dernières éditions, je considère qu’il n’a pas à rougir de son bilan. Il fallait beaucoup de brio pour donner une identité claire à ce festival en tentant de mélanger science et fiction sans se couper du grand public. Le succès grandissant, au fil des éditions, prouve qu’il s’agissait d’une option payante, une bonne intuition (au sens scientifique du terme). Merci Ugo, avec Roland, vous avez su imprégner votre marque sur le festival et j’espère que cela continuera de se faire sentir dans les éditions suivantes !

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Le « Janus bifrons » des Utopiales, Ugo et Roland

« La science-fiction, c’est un petit peu le successeur de la philosophie. Elle est née avec la philosophie et c’est à peu près le dernier domaine où l’on réfléchit à l’humanité telle qu’elle est en anticipant un petit peu sur telle qu’elle peut devenir. » Yal Ayerdhal (2015)

Une grande personnalité de la science-fiction francophone est morte cette semaine, l’auteur de Parleur, Demain une oasis, co-auteur d’Etoiles mourantes avec mon ami Jean-Claude Dunyach. Beaucoup de livres, une grande envie de parler du monde à travers la science-fiction, beaucoup d’engagement(s), voilà qui était cet homme. Ses amis les plus proches, les plus anciens, ont su parler de lui dignement et de manière émouvante, et continueront de le faire, aussi j’ai préféré mettre en avant cette dernière interview pour le site daily mars, il y a des hasards dont on ne peut dire s’ils sont heureux ou malheureux. Je trouve, pour ma part, que cette interview continue de transmettre l’énergie et la passion de cet auteur pour tout.

Bien sûr que nous sommes tristes, mais les mots de Sara Doke, celle qui partageait sa vie, doivent nous rappeler qu’il faut regarder vers l’avant, d’utiliser ce qu’Ayerdhal a partagé avec nous, pour progresser. Comme Roland jadis, je préfère garder de ces disparus l’image de cette puissance de vie, ce qui ne pourra jamais disparaître.

Je laisse la parole à Sara pour annoncer : « Nous dirons au revoir à Yal mardi 3 novembre à 14h45 au funérarium de Bruxelles, rue du Silence, en noir et rouge, en arc-en-ciel. Venez si vous pouvez, que ce moment soit grand, fort, chaleureux, à son image. »


Et c’est pour toutes ces raisons qu’il ne faut pas négliger de parler des Utopiales, ce festival dont l’édition 2015 a pour thème « Réalité(s) ». Je serai présent à partir du Vendredi 30 octobre jusqu’au Dimanche, avec le programme suivant :

Vendredi 30 octobre

21h / Scène Hetzel. Cérémonie du prix Julia Verlanger 2015.

J’y suis présent en tant que lauréat de l’année précédente. Durant cette cérémonie, quelques instants seront consacrés au souvenir d’Ayerdhal, par solidarité avec Sara Doke, présidente du jury, absente pour des raisons évidentes.

Samedi 31 octobre

13h / Scène Shayol. Les faux-semblants du pouvoir : représentations de la vie politique dans la science-fiction

Avec : Fabien Vehlmann, Norman Spinrad, Fred Duval, Olivier Paquet. Modération : Pierre-Paul Durastanti

15h00 / Scène Hetzel. Systèmes de surveillance et délation citoyenne : la dystopie est-elle devenue réalité ?

Avec : Jean-Marc Ligny, Catherine Dufour, Olivier Paquet, Jake Raynal, Alain Damasio. Modération : Antoine Mottier

Créneaux de dédicaces :

Vendredi 30 octobre : 16h

Samedi 31 octobre : 14h et 16h

Du 21 au 25 octobre a lieu le festival des Intergalactiques à Lyon (MJC Monplaisir). Après la table ronde d’ouverture à la bibliothèque de la Part-Dieu « L’Homme face au temps de la science-fiction » à 18h30, le week-end sera consacré à des tables rondes et des dédicaces. Le festival comporte aussi un volet de projections et d’animations sur le thème du temps, les détails sont sur le site de la manifestation.

Pour ma part, j’interviendrai :

Samedi 24 octobre à 14h30, Amphithéâtre.

– Table ronde : Le Space Opéra face à la théorie de la relativité en cinéma & littérature.

Avec Gilles ADAM (Astrophysicien), Le Capitaine du NEXUS VI (Critique & vidéaste), Marc LACHIEZE-REY (Astrophysicien, théoricien et cosmologue du CNRS), Sylvie LAINÉ (L’Opéra de Shaya) & Olivier PAQUET (Le Melkine). Modération : Jal.

Dédicaces au Salon du livre, stand de la librairie Omerveilles :

– Samedi 24 octobre de 14h à 19h & Dimanche 25 octobre de 10h à 18h.

La semaine d’après, je partirai pour les Utopiales, j’en parlerai plus tard.


Une critique récente de Structura Maxima par Noé Gaillard :

« Le réalisme poétique de Paquet se traduit pour moi par la subtilité avec laquelle il décrit l’ambiguïté – inhérente aux humains – de ses personnages. On notera qu’ils ont toujours une ou deux failles qui les rendent humains, attachants. La fin de l’histoire ne devrait pas surprendre et l’intérêt de toute l’histoire se situe alors dans la façon de faire naître et de résoudre les conflits.

A lire d’une traite… »