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Même si je persiste à penser que les manuels d’écriture sont à éviter avant d’avoir publié un texte, et qu’il vaut mieux lire, lire de tout, pour étendre ses capacités et améliorer sa technique, certains guides peuvent fournir de l’aide. L’expérience permet alors de faire le tri, et de mieux comprendre ce qui est dit, là où le débutant aura tendance à vouloir se conformer sans recul à des principes.

L’ouvrage qui a rendu célèbre Robert McKee, Story, portait sur la structure narrative, il était le résultat de son séminaire sur l’écriture de scénario et permettait d’appréhender la dynamique d’une histoire, de la séparer du concept d’intrigue, et de mettre en lumière la question de l’idée directrice. D’ailleurs, et c’est tout l’attrait à mes yeux des ouvrages de McKee, il y a plus de questions que de réponses. Pour l’auteur qui débute, le plus difficile est souvent de se poser les bonnes questions.

Dans Ecrire des dialogues, McKee aborde aussi bien le cinéma, la télévision, le théâtre que la littérature. Il pose comme postulat que l’on n’écrit pas de la même manière pour ces quatre médiums. La relation entre le visuel et l’écrit ou le dit est particulière à chaque fois, même si les mécaniques sous-jacentes ont des points communs. Si l’on veut transposer de l’écrit au dit, il faut tenir compte de l’ensemble, des contraintes esthétiques qui s’imposent.

Ensuite, McKee se concentre sur tout ce qui est dit ou non-dit, sur le texte ou le sous-texte. Pour lui, un dialogue où les personnages se contentent de dire ce qu’ils pensent ou ce qu’il font n’a pas grand intérêt. Revenant aux origines du mot, il sépare dia « à travers » et logos « discours », pour en arriver à un « au travers du discours », un terme qualifiant donc une action réalisée par le verbe et non par l’acte. Dire quelque chose, c’est réaliser quelque chose. Certes, depuis le philosophe J.L. Austin, nous savons que « Dire, c’est faire », sauf que là, c’est intégré au récit de manière plus globale.

Une fois ceci exposé, McKee en développe les conséquences créatives et esthétiques : pourquoi un dialogue sonne faux ? pourquoi une scène ne « fonctionne » pas ? comment définir le vocabulaire des personnages ? A l’auteur, il rappelle les paroles de Stanilavski. Il ne faut pas se dire « Si mon personnage était dans cette situation, que ferait-il ? » car, dans ce cas, on est en dehors de la scène, ni « Si j’étais dans cette situation, que ferais-je ? » car on est pas le personnage, mais Si j’étais le personnage dans cette situation, que ferais-je ? On crée en partant de soi, mais pas en tant que soi, en tant que personnage. Autrement dit, il faut interpréter le personnage, quitte à le mimer (comme le faisait Dickens, tel que McKee le rappelle).

Enfin, et c’est sans doute la partie la plus impressionnante de l’ouvrage, McKee analyse des scènes et met en lumière les mécaniques de dialogues aussi bien dans une série comme Les Soprano, que chez Gatsby le Magnifique de Fitzgerald ou Lost in translation de Sofia Coppola. Il décortique les temps forts, pour en sortir le sous-texte et les implications. Les exemples sont récents, on y trouve même la pièce Art de Yasmina Réza, mais on se plonge aussi dans le théâtre Shakespearien ou les pièces grecques.

Sur la partie littérature, il y a sans doute un tropisme anglo-saxon prononcé, même si McKee reconnaît les différences culturelles et leur impact sur les interactions personnelles. On ne dialogue pas de la même manière en Asie qu’en Amérique du Nord. Aussi, il faut garder à l’esprit que certains conseils valent dans ce contexte américain. Mais il demeure que les questions qu’il soulève s’adressent à tous, et que chacun doit trouver sa propre réponse.

Il existe très peu d’ouvrages sur le dialogue, et beaucoup (trop) sur le scénario. Celui de McKee se distingue par l’abondance des analyses critiques, une démarche très ouverte, centrée sur les questions plutôt que sur des règles. Chacun peut ensuite adapter ce cadre à sa propre pratique sans être écrasé par des interdits. McKee n’oublie jamais d’insister sur l’importance de la « voix » de l’artiste, ce qui lui est propre et qu’il a forgé au fil de l’écriture, aucun conseil ne doit imposer de modifier drastiquement cette voix quand on l’a trouvée. En revanche, on peut trouver dans ce livre des moyens de l’étoffer, de l’exprimer avec plus de force et de clarté.

Les mois avancent et la période des salons débute en 2017. Je peux déjà en annoncer trois.

 

Livre Paris 2017

Comme l’année dernière, L’Atalante, mon éditeur aura un stand au 1-S33.

J’y dédicacerai durant la journée de samedi (je serai au moins présent jusqu’à 17h au salon)

Futuriales

Ce festival organisé à Aulnay-sous-Bois, a changé de date et se déroule désormais le 29 avril. On peut espérer qu’il fera moins chaud sous le chapiteau, mais en tout cas, il réunit beaucoup de noms importants de la science-fiction et de l’imaginaire francophone.

Imaginales

Avec les Utopiales, c’est le plus grand événement consacré aux littératures de genre. Beaucoup de tables rondes, beaucoup d’auteurs en dédicace et la ville d’Epinal se prête admirablement bien à ce type de rencontre, créant un climat agréable pour tous, écrivains et lecteurs. Ravi de faire partie de cette édition qui aura lieu du 18 au 21 mai.


De nouvelles critiques de Jardin d’hiver.

Sur le blog de Songes d’une Walkyrie :

En bref, un univers très fouillé où se heurtent technologistes et écologistes permettant à l’auteur de véhiculer des idées sur les uns et les autres et où l’homme n’a pas le plus beau des rôles, des personnages charismatiques et forts, même si le héros se fait manger la vedette par les autres, il y a là toute une notion d’identité mais aussi d’amitié, d’amour, de pardon, de valeurs humaines prépondérantes, tout ça dans une aventure incroyable à travers une Europe qui n’est plus la notre. Petit bémol pour certaines facilités dans l’intrigue mais le roman est tout même plutôt réussi et on ne peut que souligner l’imagination de l’auteur !

Par Gregory Drake dans la revue Bifrost :

Grand spectacle, suspense ainsi qu’une certaine profondeur font de Jardin d’hiver une excellente surprise comme on aimerait en lire plus souvent

Par Elisabeth Vonarburg dans Solaris N°201 (où l’on peut trouver ma nouvelle « Graine de fer » lauréate du prix Joël-Champetier 2016)

Après avoir eu un peu de difficulté à entrer dans le texte – les ellipses du pro- logue, et ses dialogues en registre trop souvent théâtral, peu naturel –, j’ai été assez rapidement séduite ensuite par l’action et les personnages, et par l’ha- bileté de Paquet à nouer les fils d’une intrigue complexe, avec énigmes et re- tournements multiples, qui nous pro- mène dans une Europe transformée physiquement par les changements cli- matiques, transformation que les excel- lentes descriptions nous permettent de visualiser – l’auteur y est plus habile que dans les dialogues. Les enjeux sont de taille, les péripéties à la hauteur, l’équilibre est bien géré entre la démesure des moyens technologiques et les motivations des personnages et, quand on en arrive à la déflagration finale, on ne lésine pas sur le grand écran avec système de son THX : l’écrivain a les moyens de ses ambitions narratives mus- clées. Mais il sait rester humain, avec des échappées poétiques et des effets d’émerveillement devant la beauté et la complexité du monde, naturel ou hu- manifié (mais non humanisé), qui per- mettent de respirer entre deux accès accablants de démesure.

Westworld

La première saison de cette série produite par HBO s’est terminée et si l’on enlève les slogans tapageurs (genre, le Game of Thrones de la science-fiction), elle marque par son apport science-fictif tout autant que par sa réalisation. Je ne prétends pas être exhaustif dans cette note, mais de présenter les principaux questionnements que la série soulève.

 

La série se déroule dans un univers de western mais qui est un univers artificiel, un parc d’attraction où les humains peuvent jouer un rôle dans un ensemble de scénarios mettant en jeu les clichés du genre (le saloon, les prostitués, les bandits, les indiens). Dans ce divertissement, les joueurs ne prennent aucun risque, les hôtes qu’ils croisent sont des robots et ils ne peuvent tuer les invités. L’histoire se concentre sur plusieurs personnages, depuis Dolorès, une hôte qui est au centre d’un drame ayant bouleversé le parc dès l’origine ; l’homme en noir, un invité mystérieux qui cherche les secrets de ce Westworld ; jusqu’à Ford (joué par Anthony Hopkins) le concepteur et grand ordonnateur de ce monde.

Le premier plaisir, basique mais pas tant que ça, c’est celui de la réalisation, avec ces grands espaces « fordiens », la lumière dans ces paysages démesurés de l’Ouest. Même s’il s’agit d’un parc artificiel, c’est agréable de sortir de tous ces futurs vert-de-gris. Les grands espaces, ceux où tout est possible, voilà le monde de Westworld.

Ensuite, si la série est plutôt mystérieuse dans ses premiers épisodes, à peu près toutes les questions scénaristiques trouvent leur réponse. On peut trouver que c’est un défaut (le spectateur a suffisamment d’avance sur l’histoire pour avoir la réponse avant la révélation), mais on sent que les auteurs n’ont pas voulu faire peser tout l’impact de la série sur ces révélations. Je pense que ces mystères relativement simples existent pour maintenir l’intérêt et inciter le public à suivre les principaux enjeux qui, pour le coup, sont complexes pour une oeuvre de science-fiction grand public. L’équilibre à trouver est complexe pour satisfaire l’amateur astucieux et le spectateur qui ne connaît rien aux concepts technologiques utilisés. Jonathan Nolan, qui a aussi fait la série Person of Interest, fait le pari de faire avaler une science-fiction complexe à un public non connaisseur, en distillant ses idées dans un contexte accessible.

Ici, il met en scène deux énormes morceaux : les MMORPG et la conscience robotique. Le tout en sortant du classicisme, puisque son jeu est dans un parc et pas dans des ordinateurs en réseau et une reconstitution 3D, et ses robots agissent selon des règles qui ne sont pas asimoviennes.

Westworld est un jeu, où les invités n’ont pas d’avatar. Il est très vite dit que dans ces conditions, chacun peut être ce qu’il veut, peut choisir d’être un héros ou un salaud selon son envie, sans craindre les conséquences. Chaque hôte qu’il rencontre est une quête, comme dans tous les jeux, et il peut décider de la lancer ou non. Cependant, au fil de l’histoire, cette question de la virtualité apparaîtra plus complexe. Et si, au lieu de choisir qui ont veut être, on n’était pas précisément ce qu’on est, sans toutes les contraintes de la vie sociale. Est-ce que la vie en dehors du parc n’est pas plus virtuelle, plus illusoire que celle dans le parc ? Il n’y a pas de réponse définitive à ces questions, mais la série offre la possibilité de remettre en question les clichés habituels sur les jeux en ligne. Pour avoir longtemps joué à World of Warcraft, j’ai retrouvé pas mal d’éléments que connaissent les joueurs de MMORPG.

L’approche de la conscience des machines est la plus travaillée et la plus complexe, surtout que les scénaristes ont opté pour un biais qui ne semblait pas évident : l’esprit bicaméral. Cette théorie du psychologue Julian Jaynes dans les années 1970  suppose qu’avant d’être conscients, les humains disposaient d’un esprit en deux parties, l’une parlant, l’autre écoutant, comme les héros grecs écoutent les dieux de l’Olympe les guider. Ce qui est une hypothèse assez farfelue devient un instrument technologique pour les concepteurs de Westworld. Tout ce que les robots font dépend de cette voix qu’ils entendent, des rêveries qui ont été intégrées à leur programmation et affinent leurs expressions, les mouvements de leur corps et de leur visage. En dehors de l’impossibilité de tuer des humains, les robots n’ont pas de limite, et s’ils revivent sans cesse les mêmes événements à chaque fois qu’ils ont été tués, certains d’entre eux progressent, se modifient et prennent conscience. Ce n’est qu’à la toute fin que ce choix de l’esprit bicaméral prend tout son sens, offrant une traduction cinématographique à un problème intellectuel.

Il y a beaucoup de dialogues et d’explications dans cette série, mais les éléments indispensables résident dans la mise en scène, dans ce qui est montré plus que dans ce qui est dit. Même si une saison 2 est annoncée, les 10 épisodes de la saison 1 forment un ensemble cohérent. Westworld est une série sur le récit, sur la narration, sur son importance dans la construction de notre identité, mais elle le fait dans la splendeur des grands espaces, au son d’un piano mécanique de saloon, et avec l’envie de sauver la demoiselle en détresse.

Toutes les tables tondes des Utopiales  étant mises en ligne, j’en profite pour faire un récapitulatif de l’événement et rajouter quelques informations. Le festival s’est parfaitement déroulé, avec un public important (82 000 entrées) et une organisation parfaite. L’identité du festival, en favorisant le lien entre science et fiction, attire manifestement et de plus en plus. C’est réjouissant de voir cet attrait pour la science.

Pour dénicher le sujet de table ronde, ActuSF a présenté l’ensemble sur une seule page, bien pratique. Qu’ils en soient remerciés. Concernant les TR auxquelles j’ai participé ou que j’ai animées :

Lundi 31 octobre

Le kami du percolateur

La justice numérique

Mardi 1er octobre

Quand la machine surprotège l’homme

La machine peut-elle faire de la littérature ?

Eco-technologie en science-fiction ?

Mercredi 2 novembre

La machine qui lit

Pokemon Go

Ce qui n’a pas été enregistré, c’est la journée scolaire du jeudi. La rencontre avec les lycéens fut passionnante. J’étais interrogé sur une grande partie de mes livres, avec des questions portant à la fois sur le contenu mais aussi sur le processus créatif. La rencontre avait été très bien préparée par les enseignants et les élèves avaient lu dans le détail mes ouvrages. Je dois avouer que je n’ai pas souvent eu d’interview avec des questions aussi approfondies (certains journalistes ne prennent pas le temps de lire les ouvrages. Malheureusement, rares sont ceux qui arrivent à le cacher.), très loin d’être banales ou fourre-tout. J’ai vraiment apprécié ce moment d’échange. Les tables rondes font partie de l’habituel en salon, et si on les prépare un minimum, il y a peu de mauvaises surprises mais rarement de vrai enthousiasme tant on dispose de peu de temps pour développer un propos : il faut laisser la place aux autres intervenants. Ici, l’exercice était très différent et les lycéens ne sont pas là pour « vendre » l’auteur à un public, c’est pourquoi ce moment fut mon second préféré des Utopiales 2016


Car mon moment préféré fut l’annonce du prix Joël-Champetier décerné à une nouvelle d’un auteur francophone non-canadien en souvenir du nouvelliste et directeur de la revue Solaris, la plus ancienne revue de science-fiction francophone.

Soumettre un texte, sans thème imposé, en sachant que le jury se prononcerait sur des textes anonymisés, c’est un peu sauter dans l’inconnu, surtout quand il s’agit de la première édition. Impossible de deviner les attentes du jury. Quel texte envoyer ? J’ai déjà envoyé des textes à des revues (du temps de Galaxies, quand Jean-Claude Dunyach sévissait sur les textes d’auteurs français pour les faire progresser), j’ai envoyé des textes anonymisés pour des appel à texte thématiques (notamment pour l’anthologie Dimension Routes de légende, à paraître bientôt chez Rivière Blanche), mais là, je n’avais aucun point de référence. En plus, contrairement à beaucoup d’appel à textes qui passent sur les réseaux sociaux, où des tas d’auteurs débutants ou non, rendent compte jour par jour de l’évolution de leur texte, partageant leur angoisse de la deadline avec la Terre entière, ici, personne n’en parlait. Combien d’autres auteurs allaient soumettre ? Combien de pros, de débutants ?

Il y avait trop de questions pour s’occuper de trouver des réponses. J’avais écrit un texte en 2009, intitulé Graine de fer, sans savoir où je le soumettrais (j’ai quelques textes dans mes tiroirs qui attendent le support de publication adéquat, avis à ceux que ça intéresse). Il traitait d’un monde après une guerre européenne entre ingénieurs et écologistes, avec un informaticien tentant de débarrasser une jeune fille d’un virus s’étant emparé de ses jambes au point de les recouvrir d’écorce. On y éprouvait les traumatismes d’après-guerre, la difficulté de pardonner et ce qu’il fallait d’effort pour reconstruire. C’est aussi un texte sur le mensonge, celui d’une mère à sa fille, et de la nécessité de la vérité si celle-ci n’aide pas à vivre. Cet univers, j’ai fini par le développer dans Jardin d’hiver, qui raconte les événements se déroulant avant la nouvelle. Chaque texte peut se lire indépendamment mais les deux se répondent. Si bien qu’avec la sortie du roman, j’ai considéré que le prix Joël-Champetier était l’endroit idéal pour soumettre la nouvelle. Il était même convenu avec mon éditeur que si je n’avais pas le prix, on sortirait la nouvelle dans un tirage à part, ce qui réglait définitivement la question de la parution.

Quand j’ai appris qu’il y avait eu 54 textes soumis, ce fut un choc d’autant plus grand que d’être lauréat, surtout qu’il y avait Elisabeth Vonarburg dans le jury et qu’elle est connue pour ne pas être tendre. J’ai aussi été très ému de partager cela avec mon amie. Ce n’est pas évident de vivre avec un artiste, pour beaucoup de raisons, et jusque là, les circonstances ont fait que j’étais célibataire quand j’ai obtenu mes récompenses littéraires. Il y a les félicitations des amis, de la famille, mais vivre cette émotion aussi intense avec Audrey, c’était très différent. D’autant plus qu’elle avait apporté sa contribution au texte en le relisant et en suggérant des corrections. J’ai la chance qu’elle sache faire ce travail, qu’elle supporte ma grogne quand elle rature des choses (mais je finis par admettre, après plus ou moins de mauvaise foi de ma part). C’est précieux. Contrairement à l’idée reçue, plus on avance dans la carrière, moins on écrit seul : on écrit avec, en tête, toutes les recommandations, critiques, suggestions de ceux qui ont corrigés vos textes. L’expérience se sédimente de cette manière dans ce rapport entre ce qui a été dit et ce qu’on veut écrire. On s’apprend à travers les corrections des autres, à travers ce que l’on accepte et ce que l’on rejette. Le processus est sans fin.

Enfin, c’est un prix doté de 1000 euros qui récompense une nouvelle. On sait qu’en France, la nouvelle n’est pas un genre très populaire, pour tout un tas de raisons. Alors un prix qui met spécifiquement en avant un texte (et pas un recueil), c’est aussi l’occasion de mettre en avant les nouvellistes. J’ai commencé à publier des nouvelles, je continue d’en écrire et je trouve toujours autant de plaisir à le faire. J’espère que ce prix continuera de motiver les auteurs francophones et que les Utopiales trouveront comme avec la littérature jeunesse, un autre moyen de valoriser ces genres.

 

Cette année encore, je participe aux Utopiales, dont le thème est consacré aux machines. Pour en savoir plus, je laisse la parole au président du festival, Roland Lehoucq :

Pour ma part, en dehors des séances de dédicaces (que l’on peut trouver ici ), je participerai aux tables rondes suivantes :

Lundi 31 octobre :

18h00 / Scène Hetzel La justice numérique

Avec : Laurence Suhner, Olivier Paquet, Ugo Bellagamba Modération : Pascal J. Thomas

Mardi 1er novembre :

15h00 / Scène Shayol La machine peut-elle faire de la littérature ?

Avec : Milad Doueihi, Raphaël Granier de Cassagnac, Ann Leckie, Claude Ecken, Olivier Paquet Modération : Sylvie Allouche

16h00 / Bar de Mme Spock Eco-technologie en science-fiction ?

Avec : Olivier Paquet, Louise Joor Modération : Pascal J. Thomas

Mercredi 2 novembre :

12h30 / Scène Shayol La machine qui lit

Avec : Olivier Paquet, Ménéas Marphil, Sara Doke Modération : Pascal J. Thomas

15h00 / Bar de Mme Spock Pokemon Go

Avec : Olivier Paquet, David Birgé-Cotte Modération : Antoine Mottier

 

Et j’animerai les tables rondes :

Lundi 31 octobre :

12h00 / Scène Shayol Le kami du percolateur

Avec : Denis Vidal, Milad Doueihi, Ann Leckie, Anna Starobinets Modération : Olivier Paquet

Mardi 1er novembre :

11h00 / Scène Shayol – en partenariat avec l’Inserm, le CEA et le CALQ Quand la machine surprotège l’homme

Avec : Martin Lessard, Paolo Bacigalupi, Laurence Boisset, Christophe Bernard, Olivier Grasset Modération : Olivier Paquet


J’ai aussi l’immense honneur de publier un texte dans l’anthologie des Utopiales et qui s’intitule Tokyodôme.

Couverture de l'anthologie des Utopiales

Couverture de l’anthologie des Utopiales

Ma nouvelle se déroule dans le milieu de la scène rock japonaise et tourne autour d’un concert organisé par les fans d’un groupe, un concert virtuel mais pas factice. Même pour ceux qui ne connaissent rien au rock japonais, le texte célèbre la fusion des capacités humaines et des machines pour créer une réalité plus intense et plus riche qu’on ne le pense. C’est un texte que j’ai grand plaisir à voir publié ici !

Les critiques arrivent régulièrement, en voici une de Déborah Gay sur le site daily mars :

Jardin d’hiver est donc un roman palpitant, qui emprunte à d’autres œuvres tout en gardant une poésie propre, et très bien mis en valeur par une couverture réalisée par Aurélien Police. Un moment de légèreté, qui offre un peu d’originalité, et une note parfois steampunk dans sa description des villes.


J’avais évoqué la rentrée des auteurs à Lyon organisée par l’Arald, et il est temps d’en faire un compte-rendu.

Le 12 septembre à Villeurbanne, nous étions 12 auteurs interviewés par Danielle Maurel. Je me suis retrouvé en compagnie de Dominique Douay (auteur de Brume de cendres, paru aux Moutons électriques). Le public était constitué de libraires, bibliothécaires, blogueurs et organisateurs de manifestations littéraires, ce qui formait une foule importante venue nous écouter.

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Dominique Douay, Danielle Maurel et moi. Photo prise par l’Arald

Ce qui fut tout de suite agréable, pour les deux seuls auteurs de SF que nous étions, c’est que jamais nous n’eûmes l’impression de devoir nous excuser d’écrire de la science-fiction. On a parlé de nos livres, de leur contenu, de ce que nous voulions montrer. La journaliste avait parfaitement compris la démarche de chaque écrivain, même si nous étions tous très différents et cela a rendu l’exercice très naturel.

Lors du buffet qui a suivi, Dominique et moi avons eu une intéressante conversation avec Alexis Jenni (Prix Goncourt en 2011 pour l’Art de la guerre) qui était un ancien grand dévoreur de romans de science-fiction et constatant sa disparition (médiatique). C’est un constat qui se répète dans ce genre d’occasion, on trouve un bon nombre d’anciens lecteurs de SF, qui en ont souvent lu des grandes quantités et qui éprouvent le sentiment que ce genre n’existe plus. Je n’ai pas la réponse à ce problème, mais comme il est récurrent, il doit sans doute expliquer pas mal de choses sur l’absence de la SF sur la scène médiatique.

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Le public au TNP de Villeurbanne. Photo prise par l’Arald.

Le 22 septembre, nous avons répété l’exercice, avec 9 auteurs, en nous rendant à Montbrison, devant un certain nombre de bibliothécaires du réseau du département de la Loire. Cette fois, chaque auteur était présenté individuellement et devait lire un passage de son ouvrage. L’exercice n’est pas évident parce qu’il demande de choisir un passage qui a du sens, isolé, et de lire en prenant son temps. Peu importe si nous étions bons ou médiocres, l’un des auteurs, Julien d’Abrigeon (Sombres aux abords chez Quidam) a éclipsé tout le monde avec un passage où l’on sentait que son écriture était faite pour être déclamée par le poète qu’il est. Même si la question du rythme et de la sonorité des phrases constitue une partie importante de mon travail, je n’irai jamais vers cette radicalité-là, toutefois je reconnais le talent aussi bien dans le texte que dans l’interprétation.

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Rencontre avec les auteurs à Montbrison. Photo prise par l’Arald.

Pour ma part, j’ai été heureux d’être interrogé sur la place des femmes dans Jardin d’hiver. Comme l’a noté la booktubeuse The Bookish Nerd, ce sont les personnages les plus importants du roman, et j’apprécie que ce soit repéré. Lors de la présentation à Montbrison, j’ai rappelé le test de Bechdel, qui insiste sur la nécessité d’avoir deux personnages féminins qui sont dans un dialogue sans que le sujet de la conversation porte sur un personnage masculin. J’aime bien ce test, car il n’implique pas d’avoir une position sur l’identité féminine ou masculine, mais de considérer les protagonistes que comme des personnages et pas comme les porte-parole de leur sexe. Mes personnages féminins ont leurs propres motivations, qui ne peuvent se réduire à séduire un partenaire masculin, tout en tenant compte du contexte de la société.

Il n’est pas si difficile que ça de se mettre dans la peau d’une femme, il suffit de la traiter comme n’importe quel personnage, de se poser les mêmes questions qu’avec un homme. Peut-être qu’elle réagira différemment, mais cela doit venir de la situation, de sa propre histoire, et non pas de considérations sur ce qui est légitime ou pas de faire pour une femme.

Demain 12 septembre, je participe aux rencontres organisées par l’Arald à l’occasion de la rentrée littéraire. Devant des professionnels (libraires, bibliothécaires, journalistes), nous serons 12 auteurs qui parlerons de nos ouvrages. J’y serai en compagnie de Dominique Douay (Brume de cendres, aux Moutons électriques) pour la science-fiction, mais aussi avec des écrivains de blanche comme Alexis Jenni (prix Goncourt 2011 pour l’Art français de la guerre). L’événement se déroulera au TNP de Villeurbanne et je trouve agréable ce sentiment de participer à la « rentrée littéraire » en même temps que des auteurs publiés par Stock ou POL, sans distinction.

rentrée arald


Concernant Jardin d’hiver, le roman poursuit sa vie chez les libraires et les lecteurs. La magnifique couverture d’Aurélien Police a été sélectionnée parmi les couvertures de la semaine sur le site de la librairie Mollat à Bordeaux. C’est un vrai honneur, parmi toutes les couvertures des étals.

Certains critiques vous suivent à chaque sortie et c’est toujours un plaisir quand ils apprécient votre dernier roman, c’est le cas de Blackwolf de blog-o-livre :

Une fois la dernière page tournée, je dois bien avouer que j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre. L’auteur nous propose ainsi un roman d’aventures qui, dès le premier chapitre, a réussi me happer, offrant ainsi un récit vivant, sans véritable temps mort, énergique. Entre rebondissement, retournements de situations et surprises, le rythme du récit s’avère efficace et entrainant et je me suis retrouvé à tourner les pages avec plaisir et envie d’en apprendre plus concernant cette intrigue complexe, dense et pleine de manipulations. Il arrive aussi, entre des phases plus nerveuses, à poser efficacement son récit et ses réflexions.

Une nouveauté pour moi, mon livre a été chroniqué par une booktubeuse. Ces critiques de livres par youtube sont une nouvelle manière de faire connaître des ouvrages et se développe depuis quelques années pour devenir un média essentiel dans la promotion des littératures, surtout lorsqu’elles n’ont pas de relais dans la presse généraliste. Ici, j’ai été impressionné par la qualité de l’analyse de The Bookish Nerd, qui chronique Jardin d’hiver en approfondissant aussi bien les aspects de forme que de fond pendant près d’un quart d’heure. En tant qu’auteur, j’ai été ravi d’un tel travail et je vous invite à suivre cette personne pour découvrir de nouveaux livres.

 

C’est demain que sort mon nouveau roman à l’Atalante, Jardin d’hiver, avec une superbe couverture d’Aurélien Police.

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Résumé : « Dans le contexte du réchauffement climatique, un conflit est né en Europe entre des ingénieurs réunis sous la bannière du Consortium et des groupes écoterroristes de la Coop. Cette guerre dure depuis près de 20 ans, suite à un incident appelé « le crime du siècle ». Chaque camp a développé ses propres armes : des animaux-robots pour les ingénieurs, des plantes mécanisées pour les écologistes.
La Tchaïka, que pilote Natalia, abrite une bande de cosaques qui récupèrent des pièces détachées après les combats et dont la philosophie se résume à cette maxime : « Nous sommes des contrebandiers, des gens qui refusent d’appartenir à un camp au nom de notre choix d’emmerder le monde. »
Un soir, sur un champ de bataille, ils tombent sur un inconnu amnésique au comportement étrange. Cette découverte leur fera traverser l’Europe à la recherche du passé de l’homme qu’ils ont accueilli et des germes du futur. »

Une première critique est déjà sortie, par Célindanaé, sur le blog Au pays des cave trolls :

L’écriture d’Oliver Paquet est très riche et fluide et apporte beaucoup à l’ambiance du roman. Le roman se lit très bien et est bien rythmé. Les personnages du roman sont nombreux mais l’histoire se concentre surtout sur Laurée et Mathieu. Ces deux personnages sont à la fois complexes et attachants. Ils ne ressemblent pas vraiment aux personnages habituels du genre et on apprend leur histoire au fur et à mesure. La relation entre ces deux personnages est également très intéressante et constitue pour moi un des gros points forts du récit. On vibre et on s’inquiète pour ces héros et l’auteur ne tombe jamais dans le romantisme.

Le roman est annoncé pour le jeudi 25 août, mais on peut déjà le trouver à la librairie Bédéciné à Toulouse. Allez rendre visite à Cathy Martin de ma part, elle est d’excellent conseil.


Je participerai à la 43e Convention de science-fiction qui se déroulera à Gradignan du 25 au 28 août 2016 au Château de Moulerens, en compagnie d’auteurs comme Jean-Claude Dunyach, Laurent Genefort ou Pierre Bordage. Même si je n’y viens pas en tant qu’invité, l’organisation de la Convention m’a donné  une place dans le programme, le samedi 27 août à 11h pour présenter Jardin d’hiver au public présent. J’avais prévu de venir à la Convention avant de connaître la date de sortie du roman, mais la coïncidence est heureuse. Rendez-vous à la fin du mois aux amateurs de science-fiction.

J’avais déjà eu l’occasion en octobre dernier de participer à ce festival dont le seul inconvénient était des dates proches des Utopiales, mais AOA production a décalé pour que tout se déroule en mai. Cette fois-ci, la science-fiction britannique est à l’honneur avec des noms aussi prestigieux que Christopher Priest, Alaistair Reynolds, Peter F. Hamilton et Paul J. McAuley. On y rencontrera aussi des francophones qui se trouvent faire partie de mes amis, tels Sara Doke et Jean-Claude Dunyach. Même si je n’interviendrai pas dans les tables rondes de ce week-end, je serai présent sur le lieu du festival à l’amphithéâtre Charles Mérieux (46 allée d’Italie, 69007 Lyon), l’entrée sera libre.

Cependant, je compte bien assister à deux événements lors du festival des Intergalactiques :

  1. La Cantina Contre-Attaque qui transformera le Ninkasi Gerland en bar extra-terrestre à partir de 18h30.
  2. L’Intergalactique Tea Party, un moment très anglais à la Bibliothèque de la Part-Dieu, sur la Terrasse au 4ème étage, en compagnie de Christopher Priest, Alastair Reynolds, Peter F. Hamilton, Paul J. McAuley et Jean-Claude Dunyach pour parler science-fiction dès 16h.

Au plaisir de s’y retrouver !

Une nouvelle fois, je vois passer l’analogie entre l’écrivain et l’interprète qui doit faire ses gammes. On pourrait penser que cette image est pertinente, mais pas du tout, pire, elle est le contraire de la pratique.

Pourquoi un musicien doit-il faire ses gammes (ou un danseur doit répéter des exercices, mais ça marche pour toute pratique physique) ? Il faut répéter pour habituer le corps, le pousser, afin de laisser la place à ce qui est l’essentiel : l’interprétation, la personnalité. Ce qui différencie Glenn Gould d’un élève de conservatoire, c’est que le premier n’a plus qu’à se consacrer à l’interprétation, tandis que l’autre doit exercer ses doigts, son oreille et ainsi de suite.
Quel est le rapport avec l’écriture ? Aucun. Il n’existe aucun exercice de base à répéter pour devenir « meilleur ». On peut réécrire 100 fois une même description, cela n’aidera pas à rendre la suivante plus précise. On peut écrire le même dialogue 1000 fois, que ça ne rendra pas le dialogue suivant plus naturel. En définitive, chaque nouveau texte représente (ou devrait représenter, soyons prudent) un défi différent, un saut dans l’inconnu et chaque auteur vit cela avec des angoisses différentes selon son degré de confiance. Des écrivains expérimentés vous diront qu’ils ont l’impression de repartir totalement à zéro avec chaque texte. Très rares sont ceux qui peuvent démarrer un roman en se disant qu’ils vont tout maîtriser parce qu’ils ont tous les outils en main. Je dirais que chaque texte, chaque roman exige que l’auteur façonne ses propres outils adaptés et qu’il apprend à les maîtriser pendant l’écriture, pas avant. Il n’y a pas de phase de test avant les choses sérieuses.
Dans ces conditions, s’il n’existe pas de « gammes » pour l’écrivain, à quoi servent les ateliers d’écriture ? Pour en faire depuis bientôt 12 ans, je dirais que leur vertu principale est d’ouvrir le registre, de se confronter à des choses différentes, précisément de sortir de la répétition, des habitudes. Quand un participant me dit « est-ce qu’on a le droit de faire ça ? », je réponds toujours « faites, mais faites-le sans compromis ». Certains exercices que je propose peuvent être « ratés » et instructifs. Ne pas les réussir permet d’apprendre sur soi, pas comme la manifestation d’une faiblesse, mais comme l’expression d’une voix.

C’est aussi pour ça que je n’aime pas l’analogie avec les interprètes, parce qu’elle fait du ratage une faute à effacer par la « bonne » pratique, alors que le ratage apprend sur notre personnalité d’auteur, sur les mécanismes inconscients, jusqu’à trouver sa propre manière d’écrire, qui ne correspondra sans doute pas aux canons des manuels d’écriture, ni aux meilleures pratiques pour raconter une histoire. Les écrivains ne sont pas des interprètes, ils ne servent pas un compositeur ou un chorégraphe, ils sont leurs propres maîtres, avec tout ce que cela peut avoir d’angoissant et de fragile. C’est leur personnalité qui fournit le guide pour faire avancer la pratique, pas l’inverse.
En définitive, les seules « gammes » sont en rapport avec la langue, pas avec l’écriture, tout le monde les pratique à l’école, en français, pour parvenir à maîtriser la grammaire, l’orthographe et la syntaxe, et les cancres peuvent témoigner de la douleur engendrée par les fautes, eux à qui on demande de devenir les interprètes d’une langue dont les règles leur échappent. Cela n’a pas empêché Daniel Pennac de devenir romancier.